Gestion publique : Alucam, Crtv, Sonara, ces entreprises qui doivent beaucoup d’argent à l’électricien ENEO

ENEO fait partie des entreprises publiques et parapubliques des plus célèbres au  Cameroun. C’est que, dans la vie moderne, l’électricité joue un grand rôle. De la micro à la macro économie en passant par la vie domestique, tout ou presque, y est lié.

Au Cameroun, les pouvoirs publics dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SDN 30) consacrent un long chapitre à l’électricité. « En 2016, le taux d’accès à l’électricité était de 62,1 % pourtant l’objectif fixé était de 70 %. Cette faible performance peut s’expliquer par  l’insuffisance de production, la vétusté du réseau de distribution électrique, le mauvais entretien des infrastructures et équipements, les lenteurs des équipes de maintenance du réseau électrique ; etc. Tout cela générant des coupures intempestives et un accès insuffisant au courant électrique », constate la SDN30.

Un engagement est donc pris pour la décennie débutante. « Dans le but de garantir l’accès de tous à l’énergie électrique à un coût abordable, le gouvernement s’engage à électrifier les localités reculées à partir de l’énergie solaire et/ou des mini centrales hydro électriques en facilitant à cet effet la mobilisation des investisseurs privés nationaux par des dispositions légales d’achat d’énergie, raccorder toutes les communes au réseau électrique, mettre en place un programme de subvention aux branchements des ménages défavorisés au réseau électrique, augmenter la densité de desserte et la qualité de service du réseau de distribution, et poursuivre les programmes d’électrification rurale à travers l’extension des réseaux de distribution interconnectés. »

Factures impayées

Ces intentions font face à une réalité, dont l’amélioration ou le changement radical ne sont mentionnés nulle part dans la SDN30. C’est la cessation de longs retards de paie des factures de consommation de l’énergie électrique. Une pratique que le gouvernement, les entreprises publiques et parapubliques imposent à Eneo. Conséquence, la liste des impayées donne du tournis, pour une entreprise qui paient plus de 30 milliards de FCFA d’impôts par an.

Parmi les champions qui consomment goulument l’énergie électrique et freinent des quatre fers lorsqu’il s’agit de payer, Alucam. Cette entreprise doit une ardoise de 17 milliards 315 millions à Eneo. La Camwater, 19 milliards 713 millions, la Socatral, 67 milliards. La facture de la CRTV couplée à celle de l’Assemblée nationale affiche  01 milliard 671 millions.

La liste est loin d’être exhaustive. La Sonara, 558 milliards, Camtel, 01 milliard 126 millions. Des universités et hôpitaux publics ne font pas la différence. De manière globale, « des sommes importantes restent absentes dans les caisses du fait de longs retards », apprend-on de sources officielles.

Des actions de recouvrement forcés sont découragées par s les autorités publiques. C’est le cas d’un avertissement servi à Alucam il n’y a pas longtemps. L’entreprise était menacée de payer ou  de voir tout son réseau être désactivé. « Quatre heures de temps après cette lettre ont suffi pour stopper les ardeurs de ceux qui avaient brandi la menace. »

Les mille maux d’Eneo  ont été présentés aux parlementaires, qui voulaient voir clair dans ce secteur dont tous les moindres soucis font pointer du doigt cette entreprise en charge de la production et de la distribution de l’énergie électrique. Aux députés, il a été expliqué que les sources de perturbation du service électrique sur le premier semestre 2021 sont à 41 % la conséquence des incidents de transport, un volet qui n’est pas d’Eneo. Ces perturbations sont à 20 % le fait du déficit Eneo, 11 % sont attribués au déficit de production, 7 % sont dus aux incidents de distribution et 6 % surviennent du fait des travaux sur le réseau.

60 milliards de FCFA pertes

L’entreprise en charge de la production et de la distribution de l’énergie électrique compte en moyenne deux millions de clients. Des acteurs du milieu soufflent que 5000 parmi eux restent inconnus. Le secteur est également envahi par le phénomène des « barons de la fraude », ces gens qui, au quartier, distribuent du courant électrique à un grand nombre de personnes, souvent avec la complicité des agents Eneo. Du coup, depuis 2019, pas moins de 100 agents Eneo ont été licenciés et 600 « barons de la fraude » remis à la justice. Cette pratique cause des pertes financières de 60 milliards de FCFA. Dans le segment de l’électricité, les pertes dans d’autres pays du monde sont comprises entre 15 et 16 %. Le Cameroun, lui, bat le record. Le vol du courant se fait à 30 %.

Aloys ONANA

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