Délestages : fortes tensions de trésorerie et crise anglophone poussent ENEO à plonger le pays dans le noir

L’obscurité, l’amie forcée des camerounais

L’entreprise dit être en pourparlers avec les pouvoirs publics. La fin du calvaire n’est pas pour demain.

Les délestages sont vécus par tous les camerounais depuis de longs mois maintenant. Avant les fêtes de fin d’année qui viennent de se célébrer, Energy of Cameroon (ENEO) avait déjà commencé à ravitailler le Cameroun en obscurité. Après de nombreux communiqués diffusés via les réseaux sociaux, cette entreprise va en profondeur sur les raisons de cette situation qui arrive au moment où le pays compte de nombreux barrages. « Plusieurs raisons sont à l’origine de cette conjoncture. D’abord, il y a la situation financière dégradée de l’entreprise. Le secteur de l’électricité en général connaît une crise aigüe de liquidités. Pour Eneo, il s’agit de sérieuses tensions de trésorerie, dues à d’énormes impayés, qui nous empêchent d’honorer tous nos engagements vis-à-vis de nos fournisseurs. La conséquence la plus visible se traduit par les difficultés rencontrées dans l’approvisionnement quotidien en fuel de nos centrales thermiques, entrainant des délestages sporadiques dommageables pour notre clientèle, et plus globalement pour l’économie du pays », se justifie cette entreprise qui a réalisé un chiffre d’affaires de 298,65 milliards de FCFA en 2018.

La crise anglophone semble également donner des coudées franches à ENEO. Si l’opinion a vu des images des séparatistes ayant scié des poteaux métalliques en zone anglophone, la situation est beaucoup plus complexe. « Il y a la rareté des poteaux bois pour les dépannages. Avec la situation sécuritaire dans le Nord-Ouest, d’où nous tirions toute notre matière première, la production des poteaux a baissé de plus de 90 %. Eneo a saisi les pouvoirs publics, à travers le ministère en charge des forêts, qui a donné son accord de principe pour l’exploitation durable de certaines réserves d’eucalyptus à l’Ouest. En attendant l’aboutissement de cette option, l’entreprise est en train de déployer sa stratégie de mix poteaux qui consiste à réintroduire les poteaux en béton et métalliques aux côtés des poteaux bois », apprend-on de sources officielles.

En attendant, les coupures d’électricité abiment les denrées alimentaires dans les ménages, pour ne prendre que ce cas. Que faire donc ? « Les clients qui sollicitent un dédommagement ont la possibilité de saisir les services d’Eneo suivant les procédures du règlement de service », explique cette entreprise qui revendique les investissements engagés en 2018 qui s’élèvent à 30,4 milliards de FCFA.

Le réseau de distribution  d’ENEO est constitué de 11 450 kilomètres de lignes de 5,5 à 33 kilovolts et 11 158  kilomètres de lignes de 220 à 380 kilovolts. Au 31  décembre 2018, cette entreprise comptait plus de 1 258 340 clients dont environ 45 % se trouvent dans les villes de  Douala et de Yaoundé. Eneo est une société d’économie mixte au capital  détenu à 51 % par le groupe Actis, à 44 % par l’Etat du Cameroun et à 5% détenu par le personnel.

Aloys Onana

Partager

Read Previous

Législatives et municipales : le SDF s’engage à moderniser plus de routes de sa compétence et peser encore de tout son poids à l’Assemblée nationale

Read Next

Brouille : le directeur général des impôts demande le limogeage du directeur général de la SABC

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *