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Opinion : expert en agriculture, Martiel Eba écrit une lettre ouverte à Paul Biya et lui fait de nombreuses propositions

by EDC
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Lagos, le 20 Aout 2021

À Son Excellence Monsieur le Président de la République du Cameroun

Objet: SOS AGRICOLE 

        Excellence Monsieur le Président de la République,

Je me sens très hardi aujourd’hui de vous adresser par cette présente, poussé par un devoir patriotique de le faire.

A travers mes multiples périples autour du monde j’ai toujours eu cette poignante envie de vous envoyer un SOS Agricole mais jamais une destination ne m’a offert une plateforme idéale pour le faire.

Aujourd’hui, mon chemin m’a emmené très près du Cameroun mais malheureusement pas dans mon cher pays, je suis présentement au Nigeria, le No 1 du continent avec qui notre pays partage près de 2000 km de frontière allant du bord du lac Tchad au nord jusqu’au abord de l’océan Atlantique au sud.

Pour une personne de mon calibre, il n’y a rien de meilleur qui a pu arriver au Cameroun que celui d’être le plus grand voisin du Nigeria, ce pays No 1 économique de l’Afrique, No 1 Agricole de l’Afrique, No 1 démographique d’Afrique et potentiellement la 3eme puissance démographique du monde, bref ce pays qui va dicter le pas de l’émergence de l’Afrique.

Le boom démographique au Nigeria est potentiellement un moteur de développement Agricole que le Cameroun doit saisir et saisir sérieusement. A l’instar du Benin, ce petit voisin du Nigeria qui au fil des années s’est transformé en un hub incontournable du Nigeria lui permettant de tirer officieusement près de 30% de son PNB du fait de cette proximité.

En dépit des multiples reformes et les prouesses agricoles hors paires à l’échelle continentale, une tractorisation d’une densité de près de 7 tracteurs au 100 km2 des terres arables et des interdictions des importations alimentaires à ne plus en finir pour doper la relance agricole locale, le Nigeria est aujourd’hui un pays sérieusement affamé et le sera de plus en plus au fils du temps.

Le Cameroun étant grand voisin du Nigeria, peut faire mieux que le Benin, considérant le challenge agricole gargantuesque dont fait face le Nigeria et le vaste potentiel Agricole en dormance dont regorge notre pays. Voici donc une opportunité unique qui s’offre à notre pays, celle qui va nous permettre de transformer le Cameroun en grenier agricole du Nigeria et ainsi faisant s’accaparer d’une partie considérable de la facture colossale des importations alimentaires du Nigeria qui s’élève à plus de 5 milliards de dollars.

Avec l’entrée en vigueur de la ZLECAF (Zone de Libre-Echanges Continental Africaine), la plus grande zone commerciale du monde ( 1.3 milliard d’habitants, 55 pays) qui va bouleverser  à 180° les échanges sur le continent, projeté de générer plus de 450 milliards de dollars et pouvant sortir plus de 100 millions d’Africains hors de la zone de pauvreté, la machine agricole au Cameroun se devrait déjà d’être stratégiquement outillé , dans la bonne direction et sur les bons rails pour s’approprier  cette opportunité unique qui permettra au Cameroun de jouer un rôle central dans la réduction drastique de la faim dont fait face près de 1/2 milliards d’Africains et ainsi faisant, le Cameroun se donnerait une chance de se propulser dans la liste très compétitive des 10 plus grosses économies du continent.

M. Eba.

Pendant des décennies, notre agriculture est restée embourbée dans des programmes d’appuis presque vides de stratégie, une agriculture essentiellement de subsistance qui au mieux, a permis au Cameroun de rester juste au-delà du seuil de la faim. Il est fort temps de passer à une agriculture dite stratégique qui permettrait non seulement de satisfaire l’auto-suffisance alimentaire, mais aussi renverser la vapeur des importations alimentaires et la création de la richesse par l’industrialisation rurale et  qui par ricochet va aussi entrainer l’autosuffisance énergétique, sanitaire, éducative, etc. A titre d’exemple, une telle agriculture permettra une véritable électrification rurale totale du Cameroun car les paysans par la richesse qui en découle pourront facilement se permettre d’accéder à l’électricité à travers les gigantesques ressources solaires, éoliennes et la biomasse dont la disponibilité et le potentiel accumulés au Cameroun est capable de satisfaire des dizaines de fois la demande énergétique totale du Cameroun. Des exemples pareils, il y en a une bonne petite dizaine. 

Pour y arriver, il suffirait seulement de créer la magie agricole qui mettrait la machine du développement en branle au Cameroun par la mise en place des reformes agricoles fondamentales capables de délivrer ce vaste programme agricole dont notre pays recherche désespérément. 

En titre d’exemple de création de la magie agricole, dès 2022 le Cameroun lance une réforme agricole par laquelle dans chaque Région du pays on dote à 100 vaillants personnes chacun 1 million de CFA et un hectare dans une zone agricole munie d’un tracteur de 75 CV et un support technique adéquat (ingénieurs et techniciens agricole, etc.) Chacune de ces personnes sera mandatée non seulement d’augmenter sa surface exploitée de 1 hectare chaque année, mais également devenir le mentor de 5 jeunes agro entrepreneurs au bout de 5 ans. Un tel programme agricole implémenté chaque année pendant 10 ans engendrera un spasme agricole auto-généré qui non seulement va asseoir une vraie auto-suffisance durable dont le pays essaye de faire aujourd’hui par les importations alimentaires qui créé une autre forme de famine, mais également initier une industrialisation rurale qui permettra au Cameroun d’atteindre sans coup férir les objectifs du titanesques « African Agenda 2063 » 

Les reformes agricoles, il y a que vous Monsieur le Président pour montrer le cap, celui-ci  à l’image des reformes agricoles prises par le Nigeria qui lui a permis par exemple en 30 ans de faire des prouesses agricoles comme, passer de 5 millions de tonnes à 44 millions de tonnes d’ignames,  de 10 millions de tonnes à près de 60 millions  de manioc, de 100.000 tonnes à près de 600.000 tonnes de pistaches, de 200.000 tonnes à plus de 3 millions de tonnes de taro, de 15.000 tonnes  à près ½ million de tonnes de sésame et de 1 million de tonnes à plus de 6 millions de tonnes de riz, pour ne citer que ceux-là.

Pendant des décennies, notre pays s’est positionné comme grenier agricole de l’Afrique centrale fournissant du vivrier à un marché qui fait à peine 10 millions d’habitants, un marché au pouvoir d’achat considérablement faible dont les retombées n’ont qu’un faible effet vertical sur l’économie du Cameroun. Il est temps que la machine agricole se repositionne et se re-stratège pour s’attaquer à notre voisin de droite (Le Nigeria) disposant d’un marché qui est au minimum 20 fois plus large et plusieurs fois plus riche pouvant générer des revenus qui représentent une partie non négligeable du PNB du Cameroun et ainsi faisant affecter verticalement et horizontalement la vie de nos compatriotes.

imaginez juste l’impact du développement rural, social et économique dans un Cameroun où on produit pour ne citer que quelques cultures: 3 millions de tonnes de riz et 1 million de tonnes d’oignon à l’Extrême-Nord, 3 millions de tonnes d’arachide et 1 million de tonnes de sorgho au Nord,  3 millions de tonnes de maïs et 1 millions de tonnes d’ignames dans l’Adamaoua,  10 millions de tonnes de cannes à sucre et 1 millions de soja de tonnes à l’Est,  3 millions de tonnes de manioc et 1 million de tonnes de cacao dans le Centre, 1 million de tonnes de plantains et ½  million de tonnes de pistache au Sud,  2 millions de tonnes d’huile de palme  et 2 millions de tonnes de bananes dans le Littoral, 2 millions de tonnes de café et 2 millions de tonnes d’haricot rouge à l’Ouest, 1 million de tonnes de pommes de terre et 1 million de tonnes de mangues au Sud-Ouest, 1 million de tonne de taro et 2 millions de tonnes d’ananas dans le Nord-Ouest. Un Cameroun où le dynamisme agricole dope à outrance une production animalière faisant doubler voire plus l’offre de la viande et du poisson disponible sur les marchés. 

Tout ceci est possible et peut se faire avec des moyens purement endogènes, remobiliser les ressources budgétaires, définir les objectifs et doper la machine de la propagande agricole. Cette dernière aura essentiellement pour rôle de changer “le Mindset” de nos compatriotes, primordial pour arrimer à bon port et à temps l’émergence 2035 dont vous portez très haut le flambeau.

L’une des pièces essentielles sinon la plus essentielle de cette stratégie fondamentalement transformatrice de l’agriculture au Cameroun ou au mieux le niveau de vie des Camerounais, c’est la tractorisation de cette agriculture qui depuis plus de 6 décennies affiche au compteur une densité autour de 1 tracteur au 100 km2 de terres arables au moment où la moyenne mondiale vacille autour de 200 tracteurs au 100 km2. Une densité de tracteurs très inférieure qui laisse le Cameroun à des bornes très loin derrière celle du Burkina-Faso, une densité tellement faible que près de 80% des terres sont cultivées manuellement par des bras qui progressivement se fatiguent au moment où le challenge agricole se fait de plus en plus pressant.

Parlant de la tractorisation, je profite ici pour saluer votre décision d’exonérer des droits et taxes de Douane sur les engins agricoles visant à promouvoir l’agriculture de seconde génération. Cette exonération est aujourd’hui effective car mon premier tracteur Massey Fergusson 165 arrivé récemment au pays a profité pleinement de cette décision, je vous en remercie. Il reste maintenant à claironner à tout vent cette décision au sein du grand public et en particulier au sein de la Diaspora Camerounaise, celle-là qui cherche désespérément des « Tuyaux » non seulement pour faciliter leur retour au bercail mais également apporter leur contribution au développement du Cameroun. Oui, la Diaspora Camerounaise est capable et sa contribution est indispensable pour atteindre le cap de 5 tracteurs au 100km2 pour changer totalement le visage Agricole au Cameroun.

Vu que le Nigeria n’a pas préparé à suffisance son décollage agricole au pic de son boom pétrolier, il est essentiel que les mesures adéquates soient prises au Cameroun pour faire feux de tout bois de cette opportunité. Le contraire pourra potentiellement être préjudiciable à la nation et je vous dis pourquoi: dans un futur très proche, la gloutonnerie alimentaire du Nigeria va exercer une pression énorme sur nos ressources agricoles. Si ces ressources ne sont pas à la hauteur pour répondre tant bien à cette demande et aussi à la demande nationale, nous ferons face à un des scénarios suivants : soit du fait de leur pouvoir d’achat très élevé, les Nigérians viendront tout rafler dans nos plats laissant derrière la famine et l’insécurité, une tendance déjà palpable dans certaines zones du pays. Soit alors la surchauffe démographique va pousser ces derniers à venir acheter à vif prix nos terres non exploitées et transformer nos parents en des piètres travailleurs sur la terre de leurs ancêtres.

Le poids des expériences que je traîne, plus de 25 ans dans l’industrie agro- alimentaire, près de 500 consultations industrielles au compteur dans plus de 45 pays à travers 4 continents, cette expérience pointue me permet de toucher du doigt le pouls du challenge géo-agricole énorme dont le monde fera face demain. Tout ceci chapeauté par une maitrise de la technologie de création de la chaîne des valeurs, une passion et une connaissance hors pair de l’impact de la tractorisation sur la création de la richesse agricole, me donnent la latitude et l’altitude de voir à minuit ce que beaucoup ne voient pas à midi.

Etant ici aux abords du Victoria Island, les pieds dans cette eau qui mouille les côtes Nigérianes et qui dans quelques heures mouillera les côtes Camerounaises, je souffle du froid et du chaud vu les challenges et les opportunités agricoles qui s’offrent au Cameroun. Vous comprenez tacitement mon émotion et ce devoir patriotique qui m’amine et me rend si hardi de vous adresser cet SOS agricole.

Le temps restant un facteur limitant, il ne vous appartient peut-être pas aujourd’hui de mener le combat de l’émergence agricole cependant il vous appartient et à vous seul d’allumer cette bougie de l’agriculture de seconde génération qui va guider les filles et les fils de ce pays sur ce chemin qui fera du Cameroun une véritable destination agricole et un grenier incontournable quand l’horloge affichera 2050 avec ses 10 milliards de bouches à nourrir.

Je peux vous parler sans cesse du potentiel et des opportunités agricoles que nous offrent notre pays, le Nigeria, le ZLECAF, le Brexit, etc. hélas je me tâcherais de chuter ici en vous laissant cette citation.

« La Tractorisation Agricole Tracte l’Industrialisation et l’Industrialisation Tracte l’Emergence, le Cameroun ne deviendra pas Emergeant sans la Tractorisation de son Agriculture ».

Je vous remercie par avance de l’intérêt que vous porterez a cet SOS Agricole et de la diligence avec laquelle vous traiterez le sujet de la contribution de l’agriculture a l’émergence du Cameroun.

Dans l’attente, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma parfaite considération.

Martiel Eba

NB: Cet SOS Agricole était écrit lors de mon séjours à Lagos en Aout 2021 mais hélas mis au placard. Aujourd’hui vu le challenge Agricole dont fait l’Afrique en générale et le Cameroun en particulier et vu les conséquences alimentaires due au Covid, la guerre en Ukraine, le changement climatique et sans oublier la perche tendue à la Diaspora par le No 1 lors du discours du 10 Février 2022, tout ceci m’a poussé à aller dépoussiérer cet SOS pour le publier en ce premier jour de l’an 2023.

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