Terminal polyvalent de Kribi : la grosse déception de KPMO

Gabriel Manibem, figure de proue de KPMO

Le consortium des neuf entreprises camerounaises qui constituent KPMO est très en colère. En cause, l’accord donné au directeur général du port en eau profond de Kribi de signer un partenariat avec le groupe philippin International Container Terminal Services (ICTSI) pour la gestion du terminal polyvalent. Au sein de KPMO, l’heure est au protectionnisme, dans aucun pays monde les dirigeants ne laissent les ressources du pays filer entre les mains d’étrangers. Cela est encore plus vrai dans l’univers de la gestion des ports.

Pour KPMO, cela doit impérativement se vivre au port en eau profonde de Kribi (PAK). En attendant, Paul Biya a autorisé l’arrivée du philippin sus-indiqué. KPMO ne voile pas sa gêne. Et s’est  réuni à Douala le 11 juin 2020, question de trouver la réponse à envoyer au gouvernement après cette décision. « Notre réaction par rapport au courrier qui a été adressé au directeur général du port autonome de Kribi de signer le contrat  du terminal polyvalent du port de Kribi. Nous avons pris acte de  cette note, mais nous marquons  notre étonnement et surtout notre déception, parce que nous avons fondé beaucoup d’espoir, les Camerounais ont fondé beaucoup d’espoir sur KPMO qui s’est constitué à la demande du gouvernement pour pouvoir être prêt à gérer les ports du Cameroun et assurer la relève par rapport à ce qui se passait avant. C’est ainsi que le gouvernement a interpellé le président du Gicam à l’époque André Fotso, qui nous a rassemblé et a pris la fine fleure des entreprises qui étaient dans la logistique, les aconiers, les consignataires et les CAD (commissionnaires en douane agréée) », indique Gabriel Manibem, la figure de proue de KPMO.

Celui qui est par ailleurs Administrateur directeur général APM ajoute. « Nous avons constitué ce groupement avec la volonté de gérer les terminaux portuaires du Cameroun. Et pendant que nous étions en constitution, il y a eu un communiqué qui disait que les terminaux de Kribi, Polyvalent et à conteneurs sont donnés à une entreprise sans appel d’offre. Nous avons écrit, et cet appel d’offre a été annulé, et on a relancé  cet appel d’offre. A sa lecture, nous nous sommes constitués en groupement avec une entreprise qui avait pignon sur rue –NECOTRANS-  avec qui nous avons fait des accords de groupement avec partage de gestion et de participations à 51/49 %. »

Malheureusement le partenaire NECOTRANS passe des moments difficiles, il quitte. Le groupe KPMO ne baisse pas les bras. Décidé à être au cœur des ports du Cameroun, pour que ceux-ci ne soient plus sous l’escarcelle de non camerounais. D’autres partenaires qui devaient venir remplacer numériquement NECOTRANS dans les mêmes quotités sont donc recherchés.  Malencontreusement, toutes les démarches faites restent vaines. «  Nous  n’avons pas pu réussir à ce que ces sociétés que nous avons proposées puissent être admises et le gouvernement a annulé l’adjudication. Un autre appel à manifestation a été lancé pour la même gestion de ce terminal, parce que le premier ayant été annulé, il devenait infructueux. Alors KPMO fort de son expérience a proposé une autre offre, à manifester son intérêt de gérer le terminal  polyvalent de Kribi », relate Gabriel Manibem. C’est ainsi qu’au terme du dépouillement de cet appel à manifestation d’intérêt, un constant amer est fait. KPMO a été écarté, pour des raisons, entre autres, de n’avoir pas géré des terminaux autres que ceux du Cameroun et rien que pour cette raison, les pouvoirs publics lui donnaient 40 %. Ça faussait le jeu pour le groupe. 

Malgré cela,  à travers leurs sociétés, les différents patrons de KPMO  entreprennent de faire fonctionner le terminal polyvalent par leurs sociétés individuelles et c’est à travers cela que le port de Kribi leur donne la gestion pour deux ans du terminal polyvalent. « Je crois que depuis deux ans tout le monde a vu ce que nous avons fait. Il n’y a eu aucun reproche et pendant que nous faisions augmenter le trafic, on est abattu en plein vol avec la lettre que vous connaissez (celle du Secretaire général de la présidence de la République en date du 5 juin 2020, Ndlr). Nous prenons acte. Mais nous sommes déçus parce que nous avions beaucoup de projets sur le port de Kribi », déclare la figure de proue de KPMO.

En deux ans d’exploitation, les performances sont très satisfaisantes. Plus de 1800 mètres métrique de marchandises ont été traités, plus de 72 navires reçus et traités avec célérité. Le groupe envisage même d’autres investissements de plus 1500 milliards  de FCFA.  « En dehors de la gestion de ce terminal polyvalent, nous avions aussi un autre projet, pour le financement, la construction, l’exploitation, et la gestion du terminal minéralier avec un chemin de fer de 600 KM pour pouvoir faire du port de Kribi un hub pour le chargement des minerais de fer. Dieu seul sait combien de minerais regorge notre pays, entre le fer, le cobalt et l’aluminium, la bauxite, le port de Kribi est capable de devenir un hub mondial en exportant près de 100 millions de tonnes. Aujourd’hui il y a des contrats qui ont été passés, mais pour défaut de terminal adapté –terminal minéralier et le chemin de fer pour le rapprochement de ces mines, aucune des sociétés qui ont eu des permis ne peut fonctionner et c’est dans cet axe que nous nous sommes mis pour rechercher des partenaires  pour pouvoir enfin construire un terminal minéralier et un chemin de fer », égrène Gabriel Manibem.

Coup de tonnerre

C’est pendant ces entrefaites que le 5 juin, Paul Biya, par le biais de Ferdinand Ngoh Ngoh le Secrétaire général de la présidence de la République, décide de faire entrer le philippin indiqué plus haut. Il s’agit là d’un revirement qui surprend et qui douche le moral des troupes rassemblées au sein de KPMO, qui espèrent toujours une clairvoyance du gouvernement. « Nous pensons que la décision que le gouvernement a prise – le gouvernement étant souverain- nous  n’allons pas contester leur acte mais cela ne peut pas nous empêcher de pleurer, de manifester notre déception. Et toujours de donner notre disponibilité par rapport à la poursuite de la gestion. Nous savons que rien n’est irréversible à celui qui veut. Le gouvernement veut et il peut. Il a pris une décision, qui peut aussi être révoquée. Nous sommes disposés pour que, au cas où cela ne serait pas possible, de porter les actions qui sont dévolues aux Camerounais dans la proposition actuel du terminal polyvalent. Nous avons de nouveaux ports qui sont entrain de venir, notamment celui de Limbé où nous sommes disposés à démontrer l’expertise que nous avons d’abord acquise à Douala et que nous continuons à porter à Kribi et que nous sommes disposés à aller démonter à Limbé. »

Aloys B. Onana

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