Pr Touna MAMA : « je vais vous dire que ce n’est pas le Gicam qui dirige le Cameroun »

En septembre 2021, nous préparions une édition spéciale sur tout ce qui a été fait par le Cameroon Business Forum (CBF) en dix ans d’existence. C’est à cette occasion que le Conseiller spécial N°1 du Premier ministre Chef du gouvernement et par ailleurs coordonnateur du CBF nous avait reçus, non sans jeter un doute sur la tenue du CBF cette année.  

La Banque mondiale a annulé le classement Doing Business (DB), pourtant ce classement avait une place importante dans le Cameroon Business Forum. L’avenir de cette plateforme est-il compromis du fait de de la mise en débet du DB ?

Les préoccupations du Cameroon Business Forum (CBF) dépassent de loin les préoccupations du Doing Business. Le Doing Business est, j’allais dire, un instrument de la Banque mondiale pour classer les pays dans le monde sur la facilité à faire des affaires, n’est pas ce qui motive le CBF. Avant cette plateforme, on avait le dialogue avec le secteur privé et donc, le souci que le gouvernement a, c’est de dialoguer en permanence avec le secteur privé, qui est le moteur de la croissance, qui est un partenaire. Donc indépendamment des préoccupations du Doing Business de la Banque mondiale, le gouvernement du Cameroun doit dialoguer avec le secteur privé en permanence et le CBF a été consacré comme la plateforme par excellence, puisqu’il est présidé par le Chef du gouvernement. Il y a d’autres espaces de dialogues. Le ministre des Finances dialogue avec le secteur privé ainsi que d’autres ministères. Mais au niveau macro-économique, c’est cette plateforme-là qui est l’endroit par excellence. Parce que la Banque mondiale a mis en sourdine le Doing Business. Je dois vous dire en tant qu’économiste que j’étais parmi les gens qui relativisaient le classement du Doing Business. Je me réjouis que la Banque Mondiale ait fait elle-même le constat des carences de sa méthodologie. Je suis un homme de sciences. J’ai toujours relativisé ce classement.

Et c’était quoi vos arguments ?

D’après ce classement j’estimais que le Cameroun n’était pas bien classé. Cela était en contradiction avec le nombre des investisseurs étrangers qui venaient frapper à la porte du Cameroun. Donc il y avait quelque chose et ils ont vu. D’ailleurs, l’échantillonnage. En terme de statistiques, l’échantillonnage. Quand on venait ici au Cameroun, l’équipe du Doing Business s’adressait à qui ? Elle s’adressait à des gens qui ne sont même pas au courant des réformes qui sont faites. Il y avait un vide entre les réformes que le Cameroun fait et le classement, parce qu’ils se contentaient de ce que ces gens sans informations disent. En plus, certains, même autant au courant sont de mauvaise foi. Je vais faire une digression. Prenons la Coupe d’Afrique des nations. Il y a des camerounais qui veulent que la CAN ne doit pas se jouer tant que le Président Paul Biya est là. Des gens qui racontent des choses pour que la CAN n’ait pas lieu au Cameroun. C’est la même chose pour le CBF et pour le climat des affaires. Je ne dis pas que le climat des affaires est parfait. Je suis un intellectuel, un homme de sciences. Mais on ne peut pas nier l’évolution faite. Vous allez voir les réformes mises en œuvre depuis dix ans, il y a eu des changements substantiels qui sont observables. Si actuellement il y a ralentissement des activités du CBF, c’est à cause de la pandémie covid-19. Je suis mieux placé pour en parler puisque c’est moi le coordonnateur  du Cameroon Business Forum, c’est-à-dire le bras séculier du Chef du gouvernement pour organiser cela. Je peux vous dire que la 10e édition à Douala était une très grande édition de par tous les aspects, avec au moins 500 personnalités qui ont contribué, des ateliers, avec un thème fixé par le secteur privé. Et entre la 10e et la 11e édition la crise sanitaire est venue. Qu’avons –nous fait ? Avec les prescriptions du chef du gouvernement pour les mesures barrières, on a fait une édition à l’auditorium des services du Premier ministre avec 50 personnes.

Monsieur le ministre, le Gicam demande pourtant que le CBF soit dissout. Quelle est votre idée à ce sujet ?

Le Gicam, je peux vous dire que quand je parle, je suis toujours, je ne sais pas comment qualifier ça, en porte à faux avec le Gicam. Après la 10e édition, si vous lisez le compte rendu qui avait été fait par Cameroon Tribune qui avait interrogé de nombreux patrons, le Gicam, moi je ne peux pas lui acheter des lunettes pour voir plus clair la même chose que tout le monde. D’une part. D’autre part le Gicam, c’est dans son droit, peut toujours faire toutes les propositions. Mais je vais vous dire que ce n’est pas le Gicam qui dirige le Cameroun. Je suis désolé. Le Gicam croit que dès qu’il a pensé une idée, il faut que le gouvernement exécute. Le gouvernement a des experts qui doivent examiner les propositions, voir leur faisabilité, leur opportunité et décider. Vous savez que le Gicam voudrait que le CBF soit présidé par le président de la République. Vous savez que le Gicam, quand il a invité le ministre d’Etat chargé de la Justice, le ministre d’Etat a envoyé le ministre délégué, le Gicam a refusé de le recevoir et que le Premier ministre lui-même est parti. Donc le Gicam a des positions, excusez-moi, extrêmes. Alors que nous avons appris que c’est au milieu –là et pas dans les extrêmes qu’il faut chercher la vérité. Donc le Gicam est dans son droit de demander et de dire ce qu’il croit. Mais en face il y a le gouvernement. Je voulais ajouter que le Gicam n’est pas la seule organisation patronale. Nous avons Ecam (entreprises du Cameroun), nous avons le Mecam (Mouvement des entreprises du Cameroun) nous avons le GEFAC et qui nous expriment aussi leurs désidératas. On ne peut pas se fermer les oreilles pour n’écouter que le Gicam, qui d’ailleurs, récuse la Chambre du Commerce comme un partenaire. Je ne peux rentrer dans les détails ni dans la polémique, je vous dis ce que je pense.

Professeur, à quand la prochaine édition du CBF ?

Je viens de vous dire qu’avec la pandémie, nous avons mis la pédale douce. L’année passée (2020), on a fait en mode format réduit avec 50 personnes. Cette année nous sommes déjà en septembre 2021 (lorsque nous réalisions cette interview, ndlr), je crains qu’il n’ait pas d’édition cette année sauf si à la dernière minute, le chef du gouvernement ou le Président de la République nous instruit d’en organiser une.

Propos recueillis par Aloys Onana

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