Minerai de fer d’Avima : pourquoi le Congo Brazza s’appuie sur le Cameroun

Pierre Oba ( en photo), ministre d’Etat, ministre des Mines et de la géologie de la République du Congo est au Cameroun depuis le 25 mai 2021. Des rencontres avec la très haute administration camerounaise s’enchainent. Le premier ministre Joseph Dion Ngute l’a reçu, tout comme le ministre des Mines. Dans les petits carnets, une audience pourrait avoir lieu avec le chef de l’Etat Paul Biya.

Une intense activité économico diplomatique qui s’explique. Le Congo Brazzaville veut voir exploité le minerai de fer d’Avima, zone à califourchon entre le Cameroun et le pays de Dénis Sassou Nguesso.  Pour ce faire, un accord avait été trouvé avec un partenaire, Avima Iron Ore Limited, démembrement de l’australien Core Mining.

Problème, des années passent, le gouvernement congolais ne voit pas une évolution. Il frappe fort. « Nous avons fait le maximum de la procédure administrative, mais le projet n’avance pas depuis au moins 7/ 8ans. Ils ont pratiquement abandonné le projet et nous avons décidé de rompre avec eux, conformément aux textes légaux de notre pays, notamment le code minier et la charte des investissements. Maintenant il est né un conflit avec eux. C’est normal, c’est leur droit de revendiquer ce qu’ils veulent », explique Pierre Oba, qui insiste que le cahier de charges n’a pas été respecté.

En dehors de ce constat, le gouvernement congolais va plus loin. « Nous avons eu de nouveaux partenaires avec lesquels nous avons l’ambition de relancer le projet et je suis venu rencontrer les homologues camerounais pour reparler de ça, parce que nous maintenons notre décision, notre intention de développer  conjointement ce projet. »

10 milliards de dollars

De « nouveaux partenaires », il s’agit de la Compagnie minière Sangha Mining developpement, pilotée par des chinois. Ils devront injecter 10 milliards de dollars (5495 milliards de FCFA) et devront exploiter ce gisement pendant 25 ans. Mais attention, tout n’est pas encore gagné. « Tous commencent avec la même volonté, le même engouement dans l’exploitation de ce minerai. Mais nous n’avons pas le choix que d’avoir des partenaires pour développer ces projets. Et un consortium de société chinoises a décidé de reprendre ce projet avec nous, avec pour le moment de très bonnes intentions et nous avons accepté de cheminer avec eux, surtout qu’ils sont en négociation avec l’État camerounais ici. On reprend pratiquement la même opération. Maintenant nous opérons tous en hommes aguerris, on ne laissera plus passer trop de temps comme auparavant  où on était presqu’en apprentissage », explique le patron des Mines et de la géologie du Congo.

Et le Cameroun ?

L’opération de charme de Pierre Oba en terre camerounaise n’est pas fortuite. Avima est compris entre le Congo et le Cameroun. La place portuaire de Kribi est plus appropriée, même si le Congo dispose également d’un port. Il faut donc bien clarifier la situation au gouvernement et à l’opinion camerounaise, rassurer sur les retombées et le sort de celles-ci.

En dehors de cela, couve une immense colère de nombreux investisseurs camerounais dans ce business. Sous cape, certains se prononcent. « Cette concession avait été reprise à Avima Iron Ore Limited sous prétexte qu’il n’a pas pu exploiter alors que ce dernier avait tout fait, il lui restait seulement l’autorisation de charger les camions au-dessus de la norme et le premier ministre qui devait donner cette autorisation avait demandé au Congo de lui écrire, ce que le Congo n’a pas fait. Quelques temps après, ils lui retiraient le minerai en disant au président congolais que Avima voulait utiliser le port de Kribi pour donner du travail au Camerounais alors que Pointe Noire pourrait être utilisé », se souvient un investisseur pour qui c’est cet avantages des emplois aux camerounais qui avait fait rétracter le Congo Brazza.

« Nous constatons aujourd’hui qu’ils profitent de tout ce que Avima Iron a fait. C’est la grosse mafia. Il faut dire que Avima pourrait saisir tous les navires chargeant ce minerai partout dans le monde, car il a tout fait pour commencer l’exploitation. Le Cameroun pourrait profiter pour lui donner la mine de Mballam en exigeant le démarrage dans neuf mois. Avima est prêt à relever le défi. » Paul Biya et Sassou Nguesso devront trouver un terrain d’entente.

Aloys ONANA

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