Marketing économique : opération de séduction des grands patrons du Cameroun auprès du MEDEF, l’influent patronat français

Pour sa rentrée cette semaine, le Mouvement des entreprises de France (Medef) a voulu une action forte : se baser sur la langue française pour construire un écosystème économique tout particulier. « Si on souhaite que le français soit appris, il faut en faire une langue utile. Et une langue utile, c’est les flux commerciaux, c’est les investissements croisés, c’est les créations d’emplois », explique, au micro de RFI, Fabrice Lesaché, vice-président du Medef et artisan de cette rencontre inédite. L’économie couplée à la langue française est donc au cœur de cette rencontre à Paris du 24 au 25 août 2021.

Pour cette rencontre unique en son genre qui a pu rassembler de politiques africains de premier ordre à l’instar du président malgache ou le Premier ministre de Côte d’Ivoire et près de 400 dirigeants d’entreprises et d’organisations patronales venus d’une quinzaine de pays du continent, le Cameroun y est solidement représenté. « Le président du GICAM Célestin Tawamba (est) à la tête d’une forte délégation composée de grands patrons camerounais, de présidents de filières industrielles et économiques majeures (Appecam, Assureurs, Le CAPA et autres) pour assister au premier grand rendez-vous économique de la francophonie », indique le Groupement inter patronal du Cameroun.

Séduction

Le Cameroun contribue à 40 % au PIB de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), un bloc de six économies. Le pays est conscient du rôle qu’il doit jouer et donc, à Paris, tout aura été permis, sauf le farniente. Éric Mansuy, le directeur général d’Energy of Cameroon (Eneo) estime que le Cameroun pourrait être la locomotive énergétique d’Afrique centrale.

M. Eric Mansuy, DG ENEO.

Pour lui, construire des barrages et les adosser à l’industrie de l’hydrogène est quelque chose qui fait sens a-t-il martelé. Éric Mansuy a appelé les investisseurs à venir au Cameroun pour développer l’économie verte, et donc les énergies propres. Le patron d’Eneo a vanté le potentiel hydraulique du Cameroun et s’est étonné que les investisseurs ne s’intéressent pas à ce secteur potentiellement porteur.

La voix d’un autre ambassadeur économique à ce bouillon business, celle d’Emmanuel De Tailly, vice-Président du Gicam, directeur du groupe agro- industriel camerounais SABC (Société anonyme des brasseries du Cameroun). Il s’est  s’exprimé dans le panel consacré à la réflexion sur la souveraineté alimentaire dans l’espace francophone. Le DG de la SABC a indiqué que la « crise du Covid 19 nous oblige à penser autrement et à produire localement. La stabilité est un préalable. La Covid nous a enseigné cela : circuit court et économie circulaire.»

Il est donc question que les membres du Medef se ruent vers le Cameroun, mais attention, il y a des conditions à tout cela. Emmanuel De Tailly suggère, dans ce boom industriel à venir, un « minimum d’impacts environnementaux et maximum d’impacts sociétaux et sociaux », son pays d’accueil à ce qu’il paraît est un très bon élève. « Le Cameroun a été résilient grâce à son pilier agro industriel en Afrique centrale », tranche-t-il.

 Et donc il faudrait que des champions nationaux de la francophonie qui produisent et créent de la valeur ajoutée se hâtent vers l’économie numéro un de la CEMAC.

M. Emmanuel De Tailly, DG SABC.

Ceci doit s’accompagner d’autres préalables. Le pouvoir politique d’un côté comme de l’autre, devra avoir une fiscalité incitative relativement à  la consommation des matières premières. Cet accompagnement étatique permettrait de résorber une partie de l’impact du covi-19. Cet accompagnement compenserait aussi selon le Vice-Président du Gicam, le déficit de compétitivité des matières premières africaines, « moteur industriel et turbo agricole. On va y arriver »

Résolutions

Réunies pour la première fois à l’occasion de la Rencontre des Entrepreneurs Francophones (REF), les organisations patronales francophones ont signé une déclaration commune qui ressort six points comme « l’annualisation d’une rencontre économique francophone (La Ref francophone) et la transformation du comité de pilotage en une plateforme permanente de dialogue et de coordination des patronats francophone, préfiguration d’une structure plus profonde de nos actions à terme. »

Ou encore, « appelons à la mobilisation des forces économiques francophones dans le cadre du sommet de Djerba qui se tiendra le 20 et 21 novembre 2021 en Tunisie. Un forum économique international sera organisé en marge du sommet politique. Il constituera  une étape importante pour prolonger le travail amorcé à Paris et pour un agenda économique francophone au service de nos entreprises et de nos populations. »

16% du PIB mondial est issu de la francophonie. Une communauté de 220 millions de locuteurs dans le monde actuel, 770 millions anticipés dans 30 ans. Le potentiel économique de l’espace francophone est « énorme et bien documenté depuis des années », selon la REF.

Aloys ONANA

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