Louis Roger MANGA, directeur général de la Mission d’aménagement et d’équipement des terrains urbains et ruraux (MAETUR)

« Nous sommes largement en dessous des besoins »

Le pays compte de nombreuses structures en charge du logement. Votre entreprise est pratiquement l’ancêtre dans cet engament sans faille à offrir un toit à tout Camerounais le désirant. Que mettre à votre actif ?

Merci de me donner l’occasion de m’exprimer et de dire quel est le rôle de la MAETUR dans le secteur du logement. Il faut dire que dans ce secteur-là la MAETUR  a été créée pour mettre en place des opérations immobilières et de l’habitat. C’est-à-dire en réalité, aménager les terrains, concevoir des cadres de vie durable sécurisés, et en suite, équiper ces terrains, mettre en pratique ce que nous appelons l’aménagement – qui est une opération intellectuelle qui consiste à planifier des cadres de vie. Donc le rôle de la MAETUR c’est d’apprêter les terrains, les apprêter au plan juridique – c’est ce qu’on appelle la sécurisation foncière, les apprêter au plan du cadre de vie, c’est-à-dire faire des aménagements, et ensuite, réaliser les équipements qui ont été prévus dans le dossier d’aménagement. La MAETUR ne réalise pas directement les logements bien sûr, elle n’assure pas le financement, les logements sont réalisés par les sociétés immobilières  telle que la Société immobilière du Cameroun, et le logement est également financé par les structures telle que le Crédit foncier qui a été créé la même année que la MAETUR.

Au bout de 40 ans nous avons assuré la domanialisassion de plus de 15.000 hectares de terrain, et nous sommes les seuls à avoir fait autant, nous avons mis à la disposition du Camerounais, plus de 65.000 parcelles de terrain en vue de l’auto construction, la MAETUR  a pratiquement fourni tous les terrains sur lesquels la SIC a réalisé les programmes depuis, disons 1979 jusqu’à 2005/ 2006.  Au total, on peut dire qu’un habitant du Cameroun sur dix est dans une zone MAETUR que ce soit dans les villes de Yaoundé, Douala, mais également dans une dizaine d’autres villes. Je crois que nous sommes intervenus dans pratiquement tous les chefs-lieux de Région. voilà ce qu’on peut dire en gros et nous nesommes pas seulement intervenus dans la mise à disposition de parcelles en zones où il n’y avait pas d’habitation, mais aussi dans un secteur qui est très important, la restructuration urbaine : une opération qui consiste à aménager dans les zones qui sont déjà densémentoccupées et très souvent, mal structurées. Mais ça c’est la partie visible il y a la partie invisible. La MAETUR  n’est qu’un bureau d’étude et donc elle a réalisé beaucoup d’opérations qui consistent à faire des études pour le compte de l’Etat principalement mais également, pour les privés, les collectivités territoriales décentralisées. La MAETUR a également, toujours dans sa structure de bureau d’étude, assuré la maitrise d’œuvre c’est-à-dire lecontrôle des travaux d’équipement de terrains, que ce soit des terrains pour les lotissements, mais aussi ça peut être des zones, des routes, et les infrastructures. Voilà en gros ce qu’on pourrait dire par rapport à nos 40 ans années d’existence.

Quelques villes où vous êtes en œuvre ?

Nous sommes dans une quinzaine de ville. Je ne compte plus Douala et Yaoundé. Nous sommes à Kribi, Bertoua, Buea, Limbé, ça c’est pour nos opérations et maintenant je vous dis que la SIC a réalisé des programmes de logement à Garoua, Maroua, N’gaoundéré, et tous ces terrains ont été aménagés.

Satisfaits de vos performances ?

Je peux répondre en deux volets. Le premier c’est que nous sommes les seuls à avoir réalisé autant de cadres de vie sécurisés que toute autre personne au Cameroun et de ce côté-là on peut dire, c’est très bien. Seulement, notre bilan peut être tempéré si on compare la production de la MAETUR avec les besoins nationaux et de ce côté-là nous pouvons vous dire que la MAETUR, plus tous les autres acteurs urbains, nous ne sommes pas les seuls à devoir contribuer au logement, nous sommes largement en dessous des besoins. Ceux-ci se chiffrent à peu près 120.000 logements ou équivalent logement annuellement sans compter le déficit accumulé, et de ce point de vue-là, je peux dire, la production de la MAETUR et la production de tout le secteur est largement en dessous de ses besoins et c’est pour cela que nous pensons qu’il est temps que la MAETUR renoue avec des programmes d’envergure.

Des avancées sans grosses peines ?

Si. Pourquoi est-ce que par exemple la MAETUR n’a pas produit plus ? Je ne dis pas qu’elle n’a pas été créée pour réaliser la totalité des besoins du secteur. Mais elle aurait pu produire plus si nous n’avions pas rencontré deux difficultés majeures : la première, l’accès au foncier. Pour toute opération, elle repose sur des terrains sécurisés, qui au plan juridique, peuvent être aménagés et nous avons donc beaucoup de difficultés pour pouvoir obtenir du terrain. La deuxième difficulté, c’est les moyens financiers mis en œuvre pour réaliser l’aménagement. Vous savez, lorsqu’on équipe un terrain, cela requiert des  moyens très importants, et ces moyens sont à la charge de la collectivité, c’est ce qu’on appelle les infrastructures primaires ou de base qui représente souvent 30/ 40 % du coût des projets, et ensuite donc, le financement des infrastructures de type secondaires, tertiaires, quaternaires, qui sont imputables à l’acquéreurfinal. Et dans les deux catégories, nous avons du mal à trouver des financements. Les moyens mis à la disposition ne sont pas, ou ne sont pas à la hauteur de la satisfaction de ces besoins.

A un moment l’on a entendu parler de la construction des logements dédiés aux ménages à revenus modestes. Où est-on avec ce programme ?

Il y a plusieurs programmes destinés aux ménages à revenus modestes : il y a par exemple le programme 10 mille logements, 50 mille parcelles constructibles, – la partie de 10 mille logement est pilotée par le ministère de l’Habitat et du développement urbain, je pense qui avance, la partie 50 mille parcelles a été également amorcée, et elle est supervisée par le ministère des Domaines, du cadastre et des affaires foncières. Là aussi, cela a démarré, et ce sont des projets qui sont censés être amplifiés. En ce qui concerne les 10 mille logements dans le cadre du Plan d’urgence, a été mis en œuvre le programme de 100 logements dans huit capitales régionales entre autres. Mais il y a d’autres programmes encore. Nous en avons un à Mfou sur un terrain qui fait 200 hectares et donc avec un potentiel de l’ordre de 6000 / 7000 logements.

Propos recueillis par

Powell Toukam

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