Jean Emmanuel Pondi : « Il y a quelque chose d’étrange à être en devenir pendant 60 ans »

Universitaire à la renommée établie, le 22 octobre 2021 à l’Institut Panafricain pour le Développement Afrique Centrale (IPD-AC) à Douala, vous avez donné une leçon inaugurale portant sur ‘’peut-on être en voie de développement pendant 60 ans’’. Et là, vous avez fustigé le système éducatif, l’existence des entrepreneurs de guerre entre autres qui étouffent l’émergence du continent. Pouvez-vous revenir en quelques mots sur votre propos ?  

C’est une interpellation, pour dire qu’il y a quelque chose d’étrange à être en devenir pendant 60 ans. La plupart des autres civilisations, des autres continents ont fait 10 ans, 20 ans, maximum, 30 ans pour changer et prendre la destinée de leur propre vie, leur propre développement, leur propre futur. Allons-nous continuer à ne pas nous intéresser à la question ? Nous sommes davantage emmenés à nous questionner cette situation, à montrer qu’elle n’est pas normale et à montrer qu’il faut que nous cherchions où sont les failles, qu’est-ce qui ne va pas à la fois au niveau de l’idéologie que nous utilisons comme au niveau des institutions qui sont chargées d’emmener le développement. Le développement ne s’emmène pas d’ailleurs pour être reversé en Afrique. Il ne peut être qu’endogène mais il peut se fortifier par des expériences venues d’ailleurs, parce que je ne suis pas entrain de prôner l’autarcie de l’Afrique. Je dis que l’Afrique doit être le moteur de son propre développement. Elle peut ajouter d’autres expériences pour fortifier son approche. On n’atteindra pas un développement par philanthropie ou par l’amour de nos beaux yeux à nous. Non ! C’est une bataille, et cette bataille a besoin d’outils, de personnes convaincues et il est temps que nous constations que 60 ans, c’est énorme, mais nous pouvons, pour les 60 prochaines années, nous réorganiser pour faire en sorte que nous soyons maitres de notre destinée dans un monde d’inter dépendance, mais où nous pilotons notre propre devenir.

La question éducative fait partie des défaillances que vous indexées…

Le système éducatif que nous avons part du principe que l’Afrique est pauvre, ce que je conteste bien sûr. Je ne pense pas que nous soyons pauvres. Je pense que l’Afrique a beaucoup de ressources mais qu’il faut transformer en richesse. Cela veut dire que ces ressources sont pour le bénéfice des populations africaines d’abord. En ce moment-là ça devient des richesses. C’est le challenge que nous avons aujourd’hui, de s’assurer que l’immense palette de ressources dont nous disposons est utilisée d’abord pour le bien être des africains qui en sont les possesseurs. Il s’agit des biens de nos ancêtres, ce n’est pas les biens de quelqu’un d’autre. Donc nous ne pouvons pas négocier quelque chose que nous avons déjà.

Quid du politique, souvent très disposé à tout brader ou à ne pas promouvoir l’industrialisation…

Quand nous parlons de conscientisation, cela concerne tout le monde, et aussi, des modèles qui soient des modèles qui valorisent les africains. On ne peut pas parler de développement en disant que nous ne sommes rien, nous ne pouvons rien, nous n’irons jamais nulle part. Si vous me montrez l’arbre qui pousse sans ses racines, alors je vous suivrai. Je pense qu’il faut absolument que nous revenions vers nous-mêmes, non pas pour nous enfermer dans un passé mythique, beau et idyllique, ça n’a jamais existé, mais reprendre les valeurs essentielles de l’Afrique pour nous projeter dans le futur en nos propres termes et avec le respect que doit susciter la plus vieille civilisation au monde qu’est l’Afrique.

Propos recueillis par Aloys Onana

Partager

Read Previous

Encadrement : The Okwelians met 14 jeunes gladiateurs du leadership sur le terrain

Read Next

Antiterrorisme : la Russie empêche le piratage d’un porte-conteneurs panaméen parti du Togo pour le Cameroun

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Read More

Read More