Gabriel Manimben : « L’awards va nous encourager à aller de l’avant »

L’Agence de prestations maritimes (APM) est au top de sa forme depuis plus de cinq ans. Ce qui fait d’elle le grand manitou de la manutention portuaire au Port autonome de Douala (PAD). Ces performances, faut-il le souligner, ont magistralement contribué à faire oublier le spectre de la congestion au PAD.

Le doigté de APM donne  plus de points positifs au climat des affaires au Cameroun. Tout comme il permet de rehausser l’image du made in Cameroon côté manutention portuaire, un secteur clé, qui évite pertes de temps, d’argent et agacements aux navires. Le top management du PAD n’a de cesse de saluer cette haute expertise camerounaise.

Economie du Cameroun : Cela fait deux ans que le port autonome de Douala organise des awards, notamment 2020 et 2021. Et à deux reprises, Agence de prestations maritimes (APM) se démarque et est récompensée comme partenaire efficace. Qu’est-ce qui fait votre spécificité ?

Gabriel Manimben : C’est le dynamisme des dirigeants et personnel de APM. Nous sommes des professionnels et nous voulons travailler en professionnels en sortant des sentiers battus. Depuis qu’APM existe, il a toujours voulu avoir une longueur d’avance sur les autres. Nous ne nous appesantissons pas seulement sur ce que les autres font, mais nous nous questionnons sur ce qu’ils font, et décelons si cela peut être fait mieux que ce qui a été fait depuis.  

Certains mettent  à l’index vos innovations…

Justement. Nous apportons sans cesse des innovations sur chaque type de produit de la manutention. J’en veux pour preuve aujourd’hui, nous sommes la seule entreprise attachée au respect de l’écologie pour la manutention des vrac pulvérulents tel que le clinker, le gypse et consort.

APM se présente également comme un acconier polyvalent…

Dans la manutention il y a beaucoup de types de produits. En gros vous avez le conteneurisé, et le polyvalent. C’est pour cela que vous avez dans certains ports un terminal polyvalent et terminal à conteneurs. A Douala par exemple, le terminal à conteneur est concédé, et donc, le commun des aconiers ne peut faire ce trafic. Il vous reste donc l’autre trafic, le conventionnel qui, lui, est divisé en plusieurs familles, entre autres le vrac.

 Ici vous avez des produits comme le clinker, le gypse qui vient en vrac, le sel, certains engrais, les tourteaux de blé etc. Vous avez le general cargo, c’est-à-dire les équipements industriels, le fer à béton, etc. cette famille de quincaillerie-là. Ensuite vous avez la sacherie, qui consiste à charger des marchandises en sacs tels que le riz, les engrais. Vous avez aussi le bois, donc, tout ce qui se fait en conventionnel au port de Douala, APM le fait. Par contre, si vous prenez certaines autres entreprises, il y en a qui vous diront qu’il y a des segments où elles ne sont pas présentes. Mêmes les plus grandes ont choisi les trafics les plus rentables. Certaines grandes entreprises ne peuvent pas travailler le riz. Mais il y en a qui sont partie, parce que découragées face aux fortes performances de APM. C’est des innovations que nous avons apportées qui ont décidé beaucoup à nous faire confiance, parce que nous avons déclassé tout le monde.

Votre entreprise est aussi bien positionnée au port de Kribi…

Aujourd’hui, nous parlons d’acconiers au port de Douala. Ce qui n’est pas le cas au port de Kribi, parce que là-bas, tout a été concédé. Le terminal polyvalent a été concédé, au contraire de celui de Douala qui est ouvert.  Donc tout ce que nous faisons à Kribi c’est la logistique périphérique. Nous n’avons pas directement accès aux chargements et déchargements des navires.

Peut-on lire par vos performances la nécessité de faire confiance au made in Cameroon dans la logistique portuaire ?

La preuve, APM vient d’avoir un awards. Sous l’acconage, qui est, je l’ai toujours dit, pratiquement comme le 100 mètres pour les jeux olympiques. Si un port ne peut pas avoir de bons acconiers, il n’y aurait pas de rentabilité. Les navires viendront et ne pourront pas être déchargés à temps, ils vont s’accumuler et puis il y aura congestion etc. mais si vous avez des acconiers capables de travailler, la rotation des navires sera plus importante et ce sera au bénéfice de tout le monde. Si, depuis que ce prix est instauré au PAD, c’est un national qui gagne, vous avez la réponse à votre question.  Je ne sais pas quelle branche de la logistique nous ne pouvons pas faire, puis que nous avons fait des logistiques les plus difficiles.

Exemple ?

Quand vous voyez la centrale à gaz de Kribi, qui a été montée et où des moteurs de 400 tonnes ont été emmenés, vous allez vous demander, qui a fait ? C’est  évidemment APM. Un Camerounais. Et cela ne date pas d’aujourd’hui. Nous avons créé un port –un beach landing- à Kribi. On emmenait les marchandises et on les débarquait là-bas, puisqu’ils ne pouvaient pas passer sur la route, ils allaient détruire toutes nos routes. Si nous pouvons faire ce genre de logistique, quelle logistique peut nous dépasser ?

Passons, si vous en avez convenance, de votre awards, à l’actualité. La guerre en Ukraine a-t-elle un impact sur vos activités ?

Je ne peux dire non, parce que, en réalité, le rythme d’importation de blé a connu un ralentissement et je crois que c’est entrain de repartir, parce qu’environ arrivent à Douala 4 navires de blé par mois au moins, puisque le Cameroun importe environ 900 mille tonnes de blé par an. Quand la guerre a commencé, les prix ont augmenté, les industriels camerounais ont accéléré pour faire des stocks. Le rythme s’est,  disons, cassé. En ce moment, on va dire les cargaisons commencent à revenir puisque nous attendons à peu près trois navires de blé qui vont arriver.

Mais on va vous dire que cela nous affecte parce que l’importateur est entrain d’acheter au triple du prix qu’il achetait avant et immédiatement, le maillon faible sera l’acconier, parce que lui, peut se passer de nous en disant qu’il n’a pas d’argent pour nous payer, il faut qu’il vende pour nous payer, alors que c’est des clients qui nous payaient d’avance. Vous voyez là où nous pouvons être touchés. Vous regardez la situation, vous comprenez qu’ils ont raison. Nous avons la même chose sur tous les produits. Le fret a augmenté.

En dehors de cela, il y a la rareté des navires. S on ajoute à cela la hausse du dollar, il y a exactement deux mois, le dollar était à 560 francs FCFA. Au matin du 4 mai 2022, il était à  623 FCFA. Pour un importateur qui a importé son produit, avec ce taux, si vous prenez une marchandise d’Argentine,  elle n’arrive pas le même jour, il faudra transiter par plusieurs ports pour arriver ici après deux ou trois mois. Est-ce que ces produits seront vendables étant donné que le fret a flambé. C’est une situation difficile pour tout le monde. Cette guerre en Ukraine, il faut absolument trouver les solutions pour que ça finisse, non pas seulement pour l’économie, mais aussi par souci d’humanité.

Vous avez évoqué le fret maritime. En octobre 2021, la majoration touchait déjà les 400 % entre les liaisons Asie/ Afrique. Quelles est la situation actuelle ?

Le taux d’augmentation du fret a vraiment flambé. La partie la plus difficile, c’est Asie/Afrique. A l’Asie on est aujourd’hui à 300%. Généralement dans le même ordre d’idée avec l’Europe et l’Amérique. Ce n’est pas tout. Il y a une autre grosse difficulté qui consiste à trouver les navires pour charger. Pour le conventionnel, il faut trouver le conteneur à charger dans le navire. Il y a à présent la pénurie de conteneurs dans le monde. Que se passe-t-il ? Nous ne le savons pas. Pourquoi cette pénurie soudaine de conteneurs ? Quand on veut respecter la loi de l’offre et de la demande, vous voyez automatiquement les prix flambent.

En dehors de cela vous faites partie de ceux qui promeuvent le made in Cameroon. Pourtant ce qui est produit localement peine à convaincre les consommateurs locaux. Comment renverser la tendance ?

Je voudrais commencer par une anecdote. Vous vous souvenez qu’il y a eu des moments où tout le monde critiquait la pérennité, la durabilité des produits chinois. C’est comme cela que les chinois ont commencé. Leurs produits avaient de la peine à mettre long. Mais on utilisait, même pour quelque temps. Aujourd’hui les chinois sont arrivés au niveau de la fabrication des véhicules, et à produire les véhicules aussi performant que ceux occidentaux. C’est pour dire que le made in Cameroon, c’est un état d’esprit qu’il faut inculquer aux camerounais car on a tendance à croire que ce qui vient de loin est meilleur que ce que nous produisons. Mais, ce n’est pas vrai ! Aujourd’hui par exemple quand je prends le sel, c’est vrai que la matière première provient du Brésil, de la Namibie, de l’Afrique du Nord, pour autant il est ensaché ici localement et vous ne verrez pas de sel importé. Ça veut donc dire qu’il y a du travail qu’on a donné aux locaux ici en créant ces usines-là.

Il en est de même pour le riz…

Exact. Malgré ce que nous disons, il y a quand même la SEMRY. Il y a une production de riz au Nord. Mais les gens n’achètent pas. Vous avez vu même la Société sucrière du Cameroun (Sosucam) se plaindre ici qu’il y a des stocks, mais les gens préfèrent le sucre importé sous prétexte qu’il est moins couteux.  Comment les autres réussissent à produire chez eux, à transporter cette marchandise qui devient plus chère chez nous ? Il y a ce qu’on appelle les économies d’échelle, ils produisent en grande quantité, si bien que le prix de revient est minimisé, au point où même le transport va faire en sorte que le prix soit bas. Si on consommait ce qui est produit chez nous, je suis sûr que cela pousserait par exemple Sosucam à produire davantage. Un autre le poisson.

Tout le monde sait que pour manger du poisson braisé c’est le maquereau. Et pourtant nous produisons également les silures qu’on connait au village, tout comme les tilapias qui sont plus succulents et plus contrôlés au niveau de la qualité car à peine sortis de l’étang, du bac, et immédiatement, ils se trouvent dans la cuisine. Au lieu de congeler, que ça fasse des mois avant d’arriver sur notre table. Je pense qu’on parle du gouvernement, mais nous aussi devons changer de mentalité. Mais le gouvernement a sa part de responsabilité car quand il décide de faire avancer un projet ou un produit, il doit plutôt aller vers ceux qui y sont et non chercher à pousser ceux qui créent les sociétés parce qu’ils ont vu qu’il y a un financement. Ils ne se sont pas préparés pour cela. Ils vont juste consommer les fonds, et c’est fini, on n’en parlera pas.

Aujourd’hui au Cameroun on n’importe plus le poulet. Tout le contraire de ce qui était fait  il y a une dizaine d’années. Ce poulet se consomme très bien. Si cela était fait pour le « kumba bread » par exemple, ces gars seraient en mesure de créer une industrie et sortir du modèle artisanal. Je pense que le gouvernement de la RDC par exemple a pris la décision d’injecter 20 % de la farine de manioc dans la production du pain. Nous avons 900 mille tonnes de blé au Cameroun. Si on met 20% dans ces 900 mille tonnes, cela va faire au moins 180 mille tonnes. La productivité d’un champ de manioc c’est environ 30 tonnes à l’hectare, on suppose qu’on peut récupérer 40 % de cette matière. Donc c’est bien faisable d’introduire la farine de manioc dans la production de pain, il faut juste commencer, petit à petit.

 Hier le Covid, aujourd’hui la guerre en Ukraine. On ne sait pas ce qui aura lieu demain. Il va arriver un moment où les pays qui ne se sont pas préparés vont mourir. Nous avons des ressources au Cameroun qui peuvent nous permettre de nous passer de bien de choses. C’est à la population, au gouvernement, aux hommes d’affaires de se mettre ensemble pour pouvoir trouver les stratégies pour que le made in Cameroon puisse vivre.

Peut-être votre awards pourra vous inciter à plus d’action pendant ce temps…

 Les awards ont commencé il y a deux ans. Vous n’allez pas dire que APM c’est deux ans. C’est depuis plus de cinq ans que nous sommes au premier rang de la manutention portuaire, qui est le tonnage manipulé. On ne jongle pas avec les chiffres. L’awards va plutôt nous encourager à aller de l’avant et peut être à convaincre certains importateurs qui ne sont pas satisfaits de leurs acconiers actuels de venir chez nous. L’awards nous permettra à aller de l’avant pour être toujours et encore au top niveau. Nous sommes en phase de croissance et nous espérons le faire pendant longtemps.

Vous avez été pendant un long séjour hors du pays courant en début du mois de mai 2022 prendre part à la semaine économique et culturelle du Cameroun en Hollande. Que recherchait ce pays ami ?

C’est pas ce pays qui recherche quelque chose c’est le Cameroun qui veut apprendre du dynamisme hollandais, un si tout petit pays  partageant une frontière commune avec la première économie Européenne (l’Allemagne), a su tirer part de son principal atout, la mer.  C’est ainsi que ce pays s’est spécialisé dans les ports, la logistique,  l’agriculture,  l’énergie,  l’aménagement des villes et surtout c’est un pays qui assure le plein emploi à ses populations. 

Le Cameroun est donc allé apprendre auprès de ce pays qui a certaines similitudes (nous partageons une longue frontière avec la plus grande économie d’Afrique ; le Nigeria et nous avons une longue façade maritimes de Campo à Mboro de kribi à Manoka.  En ce qui concerne les ports, le port de Rotterdam a 45 kilomètres de long et au Cameroun, on a une large façade maritime de campo à Mboro en passant par Lolabe et de Douala à Manoka  et c’est là où nous avons constaté que le projet du port de Manoka n’est pas chimérique et mérite d’être mature pour sa mise en exécution. Nous aurons le Tanger Med du Golfe de Guinée.  

Cette mission a été enrichissante pour les maires.  Il y en avait près de 40 qui ont pu, à travers des visites  guidées des sites, apprendre beaucoup et nul doute que, revenus au pays, ils s’en inspireront  de même que le ministère de l’Agriculture et la Chambre d’agriculture qui ont touché du doigt les techniques innovantes de l’agriculture moderne. Il faut tout simplement que ce qui a été vu  puisse être implémenté ici, que cela puisse  nous inspirer pour reproduire les mêmes choses chez nous,  d’autant que la partie hollandaise est prête à nous y aider.

Sortons par-là, si vous en avez convenance. Votre voix est très écoutée sur la place portuaire de Douala en l’occurrence. Quelle lecture faites-vous du harcèlement judiciaire dont est victime le patron du port autonome de Douala ?

 J’hallucine vraiment sur ce qui arrive à ce patriote qui ne cherche qu’à développer son pays mais on ne cesse de l’intimider, on cherche à le punir pour son patriotisme.  C’est vrai que la normalisation du port de Douala bouscule de vieilles habitudes et surtout, est venue stopper nette la mangeoire de certains lobbies. En décidant de normaliser la gestion du terminal à conteneur, le dragage, le remorquage, le patrimoine de l’ex ONPC, le DG a heurté certains qui ont juré avoir sa peau par tous les moyens.

C’est le cas de cette affaire qui défraye la chronique actuelle.  Comment comprendre qu’on puisse décider de faire arrêter un DG en fonction sans l’aval de la présidence de la République ? Comment comprendre que dans l’exercice de ses fonctions, il a voulu recouvrer les deniers publics et au lieu de condamner celui qui ne veut pas payer, on condamne celui qui veut recouvrer l’argent de l’Etat, non pas pour mettre dans sa poche mais pour le trésor Camerounais. Comment comprendre que malgré le fait que le DG ait été déclaré non coupable par le ministère public, le juge a décidé de le condamner ?

Le Conseil d’administration du PAD a pris une résolution de payer cette somme mais la justice insiste que c’est le DG qui doit payer de sa poche et non le PAD. Vous y comprenez quelque chose vous ? Je pense qu’il faut cesser d’intimider ceux qui veulent tirer le Cameroun vers le haut  en appliquant le vœu du président de la République d’amener le pays à l’émergence en 2035  avec ces pratiques comment pourrions-nous atteindre cette émergence. Combien de Camerounais auront encore la volonté de bousculer les vieilles habitudes en voyant ce que subit le DG PAD.

Mais je garde l’espoir pour mon pays le seul fait que la présidence a empêché ce forfait de s’accomplir montre que le chef de l’Etat encourage  ses citoyens à taire leur égoïsme pour préserver l’intérêt national  et le DG du PAD est de ceux-là.  Aucune intimidation ne l’empêchera d’atteindre le cap qu’il s’est fixé, à savoir  faire du port de Douala un pôle de référence dans le Golfe de Guinée. Toutes ces attaques personnelles illégales ne feront que lui donner du carburant pour conduire son bateau à bon port.

Tous les opérateurs portuaires et j’en suis un et pas des moindres, peuvent témoigner à juste titre la transformation de ce port depuis la nomination de M. Ngo’o à ce jour et surtout au regard de tout ce qui est réalisé et ce qui est en chantier ( la voirie portuaire, le dragage des pieds de quai et du chenal, la construction du duc d’albe  pétrolier et l’appontement du parc à bois  la rénovation du poste 51,  la construction des nouveaux quais  à Bonaberi. La construction des  nouveaux magasins  (ceux qui sont la datent des années 60 et constituent un danger pour les utilisateurs) la réactualisation du projet Douala Beach, la sécurisation de l’enceinte portuaire. Comment peut-on en vouloir à un pareil homme ? Si on t’explique le Cameroun et tu comprends  c’est qu’on ne t’a pas bien expliqué.

Propos recueillis par Aloys Onana

Partager

Read Previous

Tribune : le robuste soutien de Gabriel Manimben à Cyrus Ngo’o, le directeur général du PAD

Read Next

Entrepreneuriat : des fonds de l’Union européenne boostent l’esprit inventif de six startups camerounaises

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Read More

Read More

Read More