Gabriel MANIMBEN: « KPMO fera un appel à épargne publique »

M. Gabriel MANIMBEN

Le Président de Kribi Port Multiple Operators (KPMO) – qui compte 9 entreprises camerounaises- donne amples informations sur les raisons d’ouverture du capital de ce regroupement de patrons et dévoile la stratégie qui sera mise sur pied pour plus d’efficacité.

KPMO a ouvert son capital le 24 septembre 2020. Pourquoi ?

KPMO a ouvert son capital pour corriger les erreurs du passé. Voyez-vous, l’africain en général  et le Camerounais en particulier n’a pas une culture associative et pour cela, nous sommes entrain  de perdre beaucoup de choses, parce que chacun veut être roi chez soi, et nous n’avons pas compris qu’en faisant de la synergie, nous pouvons gagner plus. Nous pouvons avoir plusieurs entreprises qui nous rapportent – juste à titre d’exemple, 10 mille francs en fin d’année. Par contre si vous vous associez avec d’autres personnes qui peuvent apporter un plus dans votre secteur d’activité, avec votre mise actuelle, vous allez gagner 100 mille et vous vous allez vous retrouver entrain de gagner 30 mille ou 40 mille. Voilà la synergie qui nous manque beaucoup. Nous n’aimons trop nous associer. A l’époque KPMO a formé un groupe de 09 entreprises, toutes du domaine maritime. Et nous pensons que le temps est venu d’ouvrir le capital pour que plusieurs sociétés, même plusieurs personnes physiques puissent y participer.

Cela se fera comment donc ?

Le terminal minéralier nécessite beaucoup d’argent que nous ne pensons pas, entant que privés, pouvoir tout obtenir. Nous avons un partenaire, la société Avema Airon Or dont le dynamique président M. Socartes Vaciliades aime l’Afrique et veut travailler avec les africains (…) nous voulons lier le terminal minéralier et le chemin de fer, nous voulons lier les deux, l’un sans l’autre, cela n’est pas correct, il faut que nous maitrisions les deux volets. Si nous prenons seulement le terminal minéralier, nous le finissons et qu’on n’a pas construit le chemin de fer, le terminal minéralier ne pourra pas charger les quantités nécessaires pour son fonctionnement.

Si nous prenons seulement le chemin de fer sans terminal minéralier, la cargaison viendra et n’aura pas un terminal pour charger. C’est pour cela que les deux activités sont liées. Nous apprécions plus Avema tout simplement parce que cette entreprise nous rassure du trafic. Il a une mine qui a un gisement de 700 millions de tonnes. Cela veut dire qu’il y aura du travail pour cette mine. Si ce n’est qu’elle qui est en fonction, nous aurons de quoi travailler pendant un certain nombre d’années de manière à pouvoir rentabiliser l’investissement. Or il se trouve que dans la même zone, il y a d’autres projets miniers qui sont abandonnés justement pour faute de ces deux outils qui sont le chemin de fer et le terminal minéralier. Nous pensons donc qu’une fois cet obstacle levé, cela pourra faire un boom sur les autres puis que le coût de production va être divisé par 50. Aujourd’hui on ne peut pas le faire parce que la rentabilité n’est pas certaine. Avec le terminal minéralier et le chemin de fer, la rentabilité sera certaine.

Vous voulez donc passer de 09 entreprises actuellement au sein de KPMO à combien d’entreprises en moyenne ?

Non, je ne voudrais pas qu’on parle d’entreprises. Ici nous voulons faire un appel à épargne publique. Ce n’est pas nous qui comptons faire cela. Nous allons confier le dossier à ceux qui savent le faire. Soit une banque d’affaires, soit la bourse de valeur. Il sera question de déterminer combien d’argent nous voulons et ensuite on fait appel à l’épargne publique.

L’on évoque souvent un besoin de 1500 milliards de FCFA…

1500 milliards, nous n’allons pas tout donner, il y a des partenaires qui vont certainement donner parce que dans le projet il y a des constructeurs qui vont  faire le chemin de fer, ceux qui vont construire le terminal minéralier, il y a des constructeurs de wagons et des locomotives qui seront intégrés dans le dossier parce que nous voulons un projet intégré. En réalité donc ce que nous demandons pour le Cameroun, c’est environ 35 % de l’activité. Et si on parle de 1500 milliards, vous allez comprendre qu’il faut que les Camerounais mobilisent 520 milliards. Mais comme le projet en lui-même est rentable, on ne va pas demander autant aux Camerounais. Mais il faudra quand même que le capital puisse être au moins de 30 % sur les investissements, c’est ce que les banques exigent souvent. Elles veulent que vous apportiez votre participation de l’ordre de 20 à 30 %. La mobilisation qu’il nous faut doit être au minimum de 100 milliards de FCFA. C’est ce que nous devons mobiliser.

Quelle échéance pour la collecte desdits fonds, à quand le début de l’opération ?

Nous sommes encore entrain de travailler. Nous n’allons même pas commencer déjà à demander de l’argent alors que nous n’avons pas encore le projet. Nous voulons faire comprendre aux autorités que les Camerounais sont décidés à participer cette fois-ci à ce grand projet intégrateur qui va faire du port de Kribi le hub africain du minerai. Et donc si les camerounais font partie de ce projet, ce n’est qu’un bénéfice pour notre pays et pour nos hommes d’affaires locaux. Vous savez qu’il y a même des personnes physiques qui ont les moyens mais qui cherchent l’investissement. Au Cameroun les gens pensent qu’investir dans l’immobilier c’est le top niveau pourtant il y a d’autres opportunités, comme ce projet-là. Le moment venu, il y aura une restructuration, on va présenter le dossier aux investisseurs qui pourront faire leur choix en leur âme et conscience. Nous ne voulons pas faire dans l’amateurisme. Ce sera un travail de professionnels. Mais avant toute chose nous avons besoin de l’aval des autorités. Nous n’irons pas revendiquer l’argent des personnes sans qu’on ait eu l’autorisation. Quand le moment viendra, avec une étude de faisabilité et de rentabilité bien faite, chacun donnera son argent en âme et conscience sachant que c’est un investissement qu’on fait pour avoir un retour à telle ou telle échéance.

Avez-vous le sentiment que le Cameroun exploite à fond son potentiel maritime ?

Je ne peux dire tout de suite là qu’on n’exploite pas assez parce qu’il y a encore beaucoup d’opportunités. Vous savez, exploiter à fond signifierait que tous les gros porteurs du monde puissent accoster chez nous. Mais ce n’est pas le cas. Nous avons des limitations de nombreux  navires. Même à Kribi qui se trouve être notre plus grand port. Si cela suffisait on ne serait pas allé au terminal minéralier qui doit recevoir les navires de 350 mètres avec 22 mètres de tirant d’eau. Or le terminal polyvalent actuel –qui n’a que 265 mètres avec un tirant d’eau de 16 mètres- ce qui parait énorme si on compare à ce qui se passe à Douala avec ses 8 à 9 mètres de tirant d’eau et les bateaux de 230 mètres maximum. Donc à Kribi, nous pensons qu’on peut faire davantage pour pouvoir accommoder les gros porteurs.

Kribi qui semble une aubaine comparativement à d’autres ports de la sous-région Afrique centrale…

Quand vous regardez sa position sur la carte de l’Afrique, nous sommes au cœur du golfe de Guinée. Cela veut dire que nous sommes au milieu. Si un navire vient directement d’Europe, Kribi est au milieu. S’il vient du Cap de bonne espérance donc de l’Asie, soit en passant par le Canal de Suez soit en passant par le Cap, vous avez notre position. Qu’est ce qui se passe aujourd’hui quand un navire arrive chez nous à Douala par exemple qui est le port le plus actif, et comme Douala a un chenal limité, le bateau arrive vers le Sud, au Ghana et autres et arrivé au Cameroun ; il saute pour aller décharger en Mauritanie, Dakar, Abidjan, Accra, Cotonou avant de rentrer décharger au Cameroun étant allégé. Vous voyez le temps qu’on perd ! Pour les hommes d’affaires qui attendent leurs matières premières, les usines etc. c’est pour cela qu’avec le port de Kribi, nous louons le travail qui est fait par les autorités portuaires de ce côté qui ont réussi à fidéliser deux lignes qui viennent directement d’Asie pour arriver chez nous en 35 jours. Ça c’est important. Cela veut dire que nous avons eu ici au Cameroun les années où les jouets sont arrivés en février pourtant commandés en juin, les jouets doivent se vendre en décembre. Nous avons eu des moments où les livres pour la rentrée scolaire sont arrivés en décembre alors qu’ils devaient arriver en août pour permettre le dispatching. Voilà ce qu’on perd si nous n’avons pas de ports qui répondent aux normes internationales.

Le fin mot donc à l’endroit des investisseurs ? Vous leur dites quoi, venez nous rejoindre à KPMO ?

Oui, c’est vraiment un appel de cœur et un appel patriotique. Je sais  que c’est un appel qui sera entendu. Les camerounais n’ont pas souvent entendu ce genre de cri et restés sourds. Je pense que si le projet est bien élaboré, les Camerounais l’accueilleront à cœur joie. La preuve, à une certaine époque ici l’Etat était obligé de faire appel aux banques internationales, aux organismes internationaux pour avoir de l’argent. Aujourd’hui, dès que l’Etat a besoin d’argent, il fait appel aux banques d’ici. En une semaine l’argent est là. Souvent même l’on va au-delà des prévisions. C’est ce que les acteurs du privé doivent faire pour lancer l’économie. Parfois les banques sont sur liquide et manquent de projets viables à financer. Et donc, je pense que si ce genre de projets se multiplie, le Cameroun ne peut qu’en profiter. Je voudrais saisir l’opportunité que vous m’offrez pour dire que le projet que nous voulons faire est un projet dont l’Etat a déjà fait des. Nous venons donc pour réaliser en Partenariat public privé.

Propos recueillis par Aloys Onana

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