Financements

Célestin Tawamba secoue la BAD

Ce patron juge les méthodes de la Banque africaine de développement (BAD) insoutenables pour les PME locales.

Le patron des patrons du Cameroun a la réputation d’aller frontalement lorsqu’il veut défendre les intérêts de l’entreprise. « J’ai eu beaucoup d’hésitation quand on m’a demandé de venir ici car l’image de la BAD  que nous avons, c’est la banque de l’Etat », entame Célestin Tawamba, le président du Gicam. Son cœur est plein de récriminations vis-à-vis de cette banque dont l’ambition est de nourrir l’Afrique. « C’est beaucoup de frustrations. Frustrations parce qu’au regard de ce que je vois, nous avons des investissements au niveau du secteur privé, 14 % investis en Afrique de l’Ouest, je crois 3 % en Afrique centrale. Pour nous faire plaisir, on nous dit, vous allez avoir la direction générale. En attendant, le siège de la BAD est en Côte d’ivoire. Lorsqu’il y a eu la guerre, on n’a pas trouvé que le Cameroun était suffisamment stable, on est allé au Maroc. Et lorsque la paix est revenue, le siège est retourné en Côte d’ivoire. C’est vous dire la frustration que nous avons. Elle est profonde, elle est vive. »

Célestin Tawamba

Le boss du Gicam s’appuie sur les données chiffrées. « 11 % dans le privé au Cameroun! 2500 milliards ( au secteur public, Ndlr). Dans le même temps, la part du secteur privé en Côte d’ivoire c’est 22 %, au Sénégal 28 %, au Kenya 32 %, au Maroc 65 %. C’est dire, la part des financements des banques dans le secteur privé au Cameroun, est faible par rapport à d’autres pays. Nous avons effectivement compris qu’il y a beaucoup d’argent, ça circule, ça passe sur nos têtes, on parle de beaucoup d’argent mais ceux qui en ont besoin n’en ont pas. On nous dit, il y a de l’argent, on va passer par X ou Y. La campagne a été parfaite, nous sommes très heureux, mais je vous dis chiches ! »

La colère du patron de CadysInvest s’explique. Les conditions d’accès aux financements sont difficiles. « Lorsqu’on vous écoute, les modèles de financements que vous avez eu dans le secteur privé, si on dit dans cette salle de conférence seuls ceux qui sont dans ces critères-là restent en salle, elle se viderait toute. Vous avez besoin d’adapter votre système. Les grandes cimenteries savent comment le faire. Les grands projets de l’Etat savent comment le faire. Mais aujourd’hui, vous nous dites encore que ce que vous allez donner au secteur privé, vous allez passer par les banques. Moi je suis inquiet. » « Nous voulons savoir, vos lignes-là, c’est combien, c’est pour quel secteur, quels sont les critères ? Nous voulons des choses transparentes. Et puis je pense que les organisations patronales sont là pour travailler avec vous », suggère-t-il. 

S’appuyer sur les banques locales comme l’envisage la BAD fâche de nombreux acteurs économiques, à l’instar de la sénatrice Agnes Ntube Ndode. Elle avait eu un financement de 6 milliards de FCFA de la BAD, l’argent domicilié dans une banque locale, du fait des tracasseries introduites par ladite entreprise qui estimait que la sénatrice aurait dû solliciter un prêt auprès d’elle, ont contraint la BAD à retirer son argent.

Aloys Onana

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