Dr Jean Marie Biada : « Le Gicam c’est un peu comme cette femme très belle qui a de la peine à supporter la polygamie»

Cet économiste, 3e Cycle en gestion des systèmes d’information et aide à la décision, analyse la portée du Cameroon Business Forum.

Le CBF, est-ce une opportunité ou une perte de temps ?  

On ne peut pas dire que le CBF serait une perte de temps  pour les parties prenantes. Avant de bien cerner il faudra peut-être remonter le temps pour dire cela s’appelait le Conseil interministériel élargi au secteur privé. Là on est en 1998, 1999, 2000, 2003. Mais comme ce n’était pas régulier, lorsqu’on a même changé cela s’appelait Prime minister Counncil. Le Premier ministre Inoni  Ephraïm par exemple a présidé en 2007, une session dans son cabinet à Yaoundé. Et après le gouvernement a approché le Groupe de la Banque mondiale à travers une de ses agences, au rang desquelles, la Société financière internationale, son agence qui traite des relations avec le secteur privé. Il est donc sorti en 2009 des fonds  baptismaux ce qu’on a appelé  le Cameroon Business Forum, et le secrétaire permanent était un cadre de la SFI. Il suivait cela de très près, et le 10e anniversaire s’est célébré par le Premier ministre Joseph Dion Ngute qui avait été nommé le vendredi 4 décembre 2019. Donc  l’évènement s’est tenu à Douala, comme lors des dernières éditions. À l’occasion, nous qui avons la chance de voir ces choses de très près, nous avions fini par dire que c’était un conseil ministériel délocalisé à Douala.  Et à ce moment, vous aviez tout ce que le Cameroun compte comme directeurs généraux, comme organisations internationales ou les représentants, l’ambassadeur chef de la délégation de l’Union européenne à Yaoundé, le corps diplomatique. Un évènement comme celui-là, on ne peut pas dire que c’est une perte de temps, il ne se tient qu’une seule fois à l’année, certes il ne se tenait pas à l’époque à périodicité régulière. Mais avec le CBF on s’était arrangé que ça se tienne toujours au premier trimestre, ce qui a été fait de 2010 à 2019, j’ai eu la chance d’y participer. Le CBF, j’insiste encore là-dessus, ne peut pas être une perte de temps, ni pour les donneurs d’ordre internationaux, ni pour le gouvernement camerounais, encore moins pour le secteur privé qui participe en très grand nombre aux travaux.

Sauf qu’entre temps, le Gicam demande que le CBF soit dissout ou réformé…

C’est vrai que le Gicam voudrait être le porte-voix unique du secteur privé. Mais cela ne peut pas être possible. N’oubliez pas que le Cameroun a, avec son gouvernement ce qu’on appelle les organisations consulaires qui sont également des porte-voix des organisations du secteur privé. Je citerai le Chambre du Commerce, des mines, industries et de l’artisanat, je n’oublie pas la CAPEF, Chambre d’agriculture des pêches et d’élevage et des forêts, ces opérateurs sont soutenus par le gouvernement, il y a d’autres organisations patronales qui existent qui accompagnent les PME dans les BTP, du secteur des transports, je peux vous en citer une cinquantaine. Le gros du problème c’est que ces porte-voix sont malheureusement hors de Douala et n’ont pas l’âge du Gicam qui est né en 1957. Le Gicam c’est un peu comme cette femme très belle qui a de la peine à supporter la polygamie.

Depuis 10 ans la bataille porte sur l’amélioration du climat des affaires.  Les patrons estiment que l’on fait du surplace…

Je dis déjà ce qui a été fait. Je vous prends un exemple. À l’époque pour créer une entreprise, il fallait faire la ronde de Douala pour réunir les papiers à l’exportation pour le lancement d’une opération d’exportation des marchandises. Nous avons dit, pourquoi ne pas penser à un guichet unique ? La réforme portuaire intervient en 1998 et a proposé cela, justement en 1999, est sorti des fonds baptismaux le GUCE, (le Guichet unique des opérations du commerce extérieur), qui est un groupement d’intérêt économique (GIE). On est sorti de là et on s’est encore posé la question, pour créer une entreprise, je vais au greffe du tribunal de mon entreprises, c’est le ministère de la Justice, si je veux une patente, il fallait d’abord la payer avant de commencer à exercer. Je vais où, je vais à mon centre d’imposition de rattachement qui relève du ministère des Finances. J’ai besoin d’un agrément pour exploiter mon petit bar j’ai besoin d’une autorisation du sous-préfet ou du préfet (ministère de l’administration territoriale. Lorsqu’au CBF le gouvernement a pu créer le Centre de formalité de création d’entreprises qui aujourd’hui est rattaché à l’agence de promotion de la PME, cette agence-là même est une recommandation d’abord du Conseil interministériel élargi au secteur privé suivi par le CBF. Le travail qui est fait est différent de ce qui se faisait avant car on prend une résolution et on pend un délai d’exécution. On a annoncé l’Agence de promotion des exportations, l’Agence de promotion des investissements, les centres de formalité de création d’entreprises, les villages artisanaux, ça ce n’est pas une vue de l’esprit. C’est concret, ç’est les recommandations du Cameroun Business Forum.

Dr Jean Marie Biada.

Maintenant qu’on a été touché par le Covid, comment donner vie à l’économie camerounaise ?

Le CBF, le Premier ministre l’a présidé, nous sommes en 2020, on parlait de la dématérialisation. Je saisis l’occasion pour tirer un grand coup de chapeau au directeur général des impôts et de son ministre qui ont vraiment suivi les prescriptions du chef de l’Etat et des donneurs d’ordre internationaux qui exigent la dématérialisation des procédures. Je n’ai plus besoin de marcher aujourd’hui, je n’ai plus besoin d’aller auprès de mon centre de rattachement pour passer toute la journée enregistrer, ensuite on donne la quittance, non ! Je vais directement en ligne, j’obtiens directement l’avis d’imposition, je vais à la banque, je donne l’ordre, je vire là-bas. Ça c’est les retombées du CBF.  Tout est actuellement en ligne, autant de bons points à mettre à l’actif du CBF. La cartographie des unités de collecte des deniers publics mis sur pieds par la direction des impôts, j’ai tout  autour de moi, les centres d’impôts pour les moyennes entreprises ; 14 ! Centres spécialisés des impôts, 03, centres divisionnaires des impôts 260 par là et puis la direction générale des impôts pour les grandes entreprises qui est situé à Yaoundé. Le terrain est déjà suffisamment travaillé dans le bon sens et enfin je conclus, il fallait donner physiquement vos déclarations statistiques et fiscales en fin d’année. Aujourd’hui, grâce à ces recommandations du CBF, des donneurs d’ordres internationaux, le premier ministre, la direction générale des impôts, c’est déjà possible aujourd’hui. Vous pouvez déclarer et transmettre votre tableau par internet.

Propos recueillis par Aloys Onana

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