Différends : 71 % des conflits agropastoraux au Nord Cameroun touchent des éleveurs camerounais

Des antagonismes meurtriers entre éleveurs  et les agriculteurs sont devenus monnaie courante dans le grand Nord du Cameroun. Champs saccagés, bétail perdu et très souvent, hélas,  des morts d’hommes. Côté données, les chiffres sont effroyables et interpellent : 20 % des conflits agropastoraux  au Nord, l’Adamaoua et l’Est impliquent les groupes pastoraux en migration.

Par ailleurs, 71 % des conflits impliquent des éleveurs camerounais, 89 % des agriculteurs, 4 % des réfugiés et 1 % des gestionnaires de parc, analyse Gabrielle Bravo Gala, chargée de projet à l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Pour mieux mesurer les transhumances (les migrations), un outil de suivi a été produit en août 2020, Transhumance Tracking Tool (TTT), dans le but de jauger ces déplacements de personnes et leurs bêtes dans les Régions de l’Est, de l’Adamaoua, et du Nord.

Le TTT combine trois composantes : l’alerte, la cartographie et le comptage. Un aperçu de ce rapport, plus de 400 000 animaux essentiellement bovins, accompagnés de plus de 11 000 éleveurs pour la majorité des hommes, ont pratiqué la transhumance interne ou transfrontalière au Cameroun entre octobre et décembre 2020. Les éleveurs étaient principalement de nationalité tchadienne, tandis que 2% étaient apatrides. Cette étude décèle que, dans les rangs de ces transhumances, 15 % de personnes sont des filles de moins de 18 ans, 24 % sont des garçons du même âge, 15 % de femmes, 46 % des hommes.

Les travaux de de Douala, du 27 au 28 septembre 2021.

Les mouvements d’animaux et de leurs bergers inquiètent. L’OIM révèle qu’entre le 4 et le 30 août 2020, l’on a répertorié 33 alertes, dont 28 alertes évènements (bagarres) et 05 alertes de prévention. « La moitié des évènements conflictuels ont été résolus, mais l’autre moitié, soit 14 évènements, présentent encore des risques de représailles, essentiellement à l’Est, dans les arrondissements de Kette et Garoua Boulaï et au Nord, dans l’arrondissement de Madingring », souligne  l’OIM.

L’on note que 05 mouvements inattendus de 3 225 bêtes accompagnés de 24 personnes ont été recensés risquant de provoquer  des conflits agropastoraux, dont quatre mouvements de transhumance nationale de l’Adamaoua vers l’Est et un mouvement identique transnational du Tchad vers le Congo, passant par le Cameroun.

 Pour l’année 2021, Le Document de suivi des mouvements (DTM) établi par l’OIM souligne que plus de 435 000 animaux, essentiellement bovins, accompagnés de 11 500 éleveurs pour la majorité des hommes ou des garçons ont pratiqué la transhumance interne ou transfrontalière au Cameroun entre mars et mai 2021. Les éleveurs, pointe le DTM, étaient à 50 % des tchadiens, 40 % des camerounais, 6 % des centrafricains, 2 % des nigérians.

L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)  est présente à Douala du 27 au 28 septembre 2021, pour un atelier sous régional en présentiel et en virtuel. Objectif, examiner tout ce qui a été fait depuis aout 2020, trouver de nouvelles idées afin de réduire les tensions liées à l’utilisation des ressources naturelles pour les activités agropastorales.

Dans la foulée, des orientations sont confiées. L’OIM indique qu’il faut continuer à maximiser le système d’alerte pour éviter les conflits de manière plus approfondie, mettre tous  les acteurs intervenant dans ce défi (partenaires locaux, comités de gestion des conflits mis en place dans 15 localités et dans les autres sites) au même niveau d’information , impliquer les communautés qui sont directement impliquées dans les conflits et qui sont déjà en grande partie engagées ; favoriser l’engagement de l’Etat à tous les niveaux, accentuer l’aspect prévention des conflits qui est encore un peu léger, renforcer l’information au niveau local.

Aloys Onana

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