Accord de partenariat économique : une opportunité déjà saisie par 703 grands patrons

APE, la liste des bénéficiaires est longue.

À côté des pertes financières compréhensibles de la douane, de nombreux créateurs de richesse bénéficient grandement de cet accord démarré il y a cinq ans.  

C’est le 4 août 2016 que l’on débute le démantèlement tarifaire entre le Cameroun et l’Union Européenne, connu sous l’appellation Accord de partenariat économique (APE). Cet accord consacre l’ouverture du marché camerounais aux importations de l’Union Européenne (UE) en trois étapes correspondant aux trois groupes de produits à libéraliser selon leur nature et suivant un calendrier bien précis. Le premier groupe dont le démantèlement a commencé le 04/08/2016 à un rythme de 25 % l’an, porte sur les produits dont l’objectif est la réduction de la pauvreté et amélioration du bien-être des populations.

Dans ce premier groupe se trouvent par exemple les produits pharmaceutiques, les engrais, les pesticides autres que les insecticides, les tourteaux, les papiers et cartons, les bitume de pole et autres résidus de pétrole, la soude, le gypse, la craie, la chaux, le gaz, les produits chimiques inorganiques et organiques, les ordinateurs, les véhicules automobiles à usages spéciaux, les tracteurs, les parties et accessoires de motocycle, bicyclette et fauteuils roulants, les appareils pour laboratoire, de médecine.

 Le second groupe dont le démantèlement a commencé le 04/08/2017 au rythme de 15% l’an a pour objectif d’encourager la production locale. L’on y trouve de nombreux produits : plâtres, chaux, marbres, clinker, intrants pour industries alimentaires (mélange odoriférants… pour industries alimentaires ou des boissons, levures, etc.), fil machine, groupes électrogènes et convertisseurs rotatifs électriques, machines et appareils, véhicules automobiles pour le transport de marchandises (camion, etc.), remorques et semi-remorques, brouettes, certaines parties et accessoires de véhicules (pare chocs, ceintures, freins, roues, embrayages).

Le troisième groupe a débuté le 04 août 2020 au rythme de 10 % l’an, mais a été suspendu et reporté au 1er  janvier 2021. Ce troisième groupe concerne les carburants, le ciment, les véhicules de tourisme, les véhicules de transport de personnes, les motocycles, les céréales telles que le blé, seigle, orge, sorgho, les préparations alimentaires pour enfants, les carreaux, éviers, lavabo, vaisselle, statuettes, tuyaux, etc. en céramique, les produits laminés plats en fer ou aciers, les barres et profilés en fer ou acier, les papiers des types utilisés pour papiers de toilette, pour serviettes à démaquiller, les appareils récepteurs de télévision, moniteurs vidéo et projecteurs vidéo, les tracteurs pour semi-remorque, etc.

De sources officielles, « face à l’ampleur de la pandémie du coronavirus, la partie camerounaise, à la faveur de l’article 31 de l’Accord, a décidé de suspendre provisoirement le calendrier de démantèlement des produits des catégories 2 et 3 dans le cadre de l’APE. Cette suspension a été levée le 01/01/2021. Ainsi, à partir de cette date, le démantèlement est passé à 60 % pour les produits du deuxième groupe. Pour ceux du troisième groupe, il a commencé au taux de 10 %. La prochaine phase a débuté le 04/08/2021 avec des taux de démantèlement de 75 % pour les produits du groupe 2 et 20 % pour ceux du groupe 3. Le groupe 1 restant inchangé. »

703 opérateurs se bousculent

L’APE est beaucoup présenté par certains acteurs économiques comme étant une catastrophe. Ce qui est loin de la réalité car, il y a aussi des retombées qui profitent pour l’heure plus aux grandes entreprises, même si les petites entreprises depuis 2021 commencent à se pointer. Côté impacts financiers, l’APE au 30 juin 2021 a déjà coûté 30 milliards de FCFA depuis le début du démantèlement.

Dans le détail, l’on note que 703 millions ont été perdus à la première phase,  3,6 milliards au terme de la seconde phase, 6,4 milliards à la 3e phase, 8,9 milliards à la quatrième phase et 10,5 milliards aux 11 premiers mois de la cinquième phase. Il est précisé que 284 millions ont été perdus en 2016, 1,8 milliards en 2017, 4,3 milliards de FCFA pour l’année 2018, un total de 7,7 milliards en 2019, une somme de 8,8 milliards en 2020 et 2,2 millions de FCFA au premier trimestre 2021. 

Derrière ces données, le Cameroun est-il perdant ? « Ce n’est pas cela la bonne question c’est qu’est-ce que nous ne perdons pas ? Fait remarquer une source très crédible. Qui poursuit en réalité 40 % de nos exportations se font en UE. C’est donc un marché que nous n’avons pas perdu, comme on l’aurait fait dans une certaine mesure si on avait refusé de signer. Or tout a été fait pour minimiser les pertes, étant donné que notre balance commerciale est structurellement déficitaire. La dernière fois où elle a été excédentaire, on ne sait vraiment plus. » « A ce jour, il y a un nombre très important d’opérateurs qui se demande pourquoi l’on n’avait pas pensé à l’APE avant », souffle-t-on. Ce qui témoigne du côté bienfaisant de cet Accord.

Cela se vérifie au niveau d’autres données chiffrées. En 2016, lors du démarrage, c’était juste 622 opérations qui avaient été enregistrées. Les lignes ont largement bougé. Si bien qu’en 2020, c’est un total de 3 334 opérations qui sont sur le tableau et depuis le début de l’année en cours, 2 141 opérations sont sur le compteur. Du côté des bénéficiaires, c’est un ensemble de 703 opérateurs. « Tout le monde ne va pas sur le marché de l’UE. Beaucoup d’opérateurs vont en Chine. Il n’est pas exclu qu’au fil du temps, nous ayons également des démantèlements avec l’Asie et d’autres blocs économiques », analyse un habitué des échanges commerciaux internationaux.

Aloys ONANA  

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