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Jacques Attali : Pour en finir avec l’éloge des régimes autoritaires

by EDC
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Il était devenu de bon ton, depuis des années, dans les principaux cercles d’influence des pays démocratiques, intellectuels comme patronaux, de louer les régimes autoritaires. Les premiers applaudissaient à la vision à long terme de leurs dirigeants ; les seconds vantaient leur efficacité économique et leur fiabilité commerciale.

Ainsi, aux deux extrêmes de l’échiquier politique des démocraties, on admirait, on enviait, on rêvait d’imiter les pratiques des pires dictatures. Beaucoup le font encore :

Le parti communiste chinois, disent-ils, a effectué le plus extraordinaire rattrapage économique de l’histoire humaine, faisant du pays la plus importante usine du monde, produisant une partie importante des automobiles, des téléphones, dont l’Occident se nourrit. Ces admirateurs fermaient, ferment encore, les yeux sur les violations des droits de l’homme, l’exploitation des travailleurs, le pillage de la nature ; ils en sont même venus à s’émerveiller de la mainmise absolue sur le pays de Xi Jin Ping lors du dernier congrès du parti communiste ; les mêmes admiraient, il y a peu encore, la façon dont les autorités chinoises avaient réussi à imposer l’ambition d’un zéro covid, sans voir que ce n’était que le résultat de l’échec total du parti dans la gestion de la pandémie, depuis le déni de réalité au début jusqu’à  l’échec dans la  production de  vaccins chinois en passant par le refus des vaccins occidentaux.

On admirait, et certains admirent encore, la capacité du président russe à gérer d’une main de fer un immense pays et à résister à l’influence américaine ; et la capacité des dirigeants iraniens à maintenir leur autonomie culturelle et politique, contre l’Occident tout entier.

On en était même à théoriser ce succès, et à inventer le concept d’« illibéralisme », pour décrire les régimes encore démocratiques qui s’essaient à imiter au mieux les modèles totalitaires : on admirait et beaucoup admirent encore, l’autonomie stratégique turque, le populisme hongrois, les rodomontades italiennes, et dans un autre cadre, la fière allure initiale du Brexit.

Ces thurifères de l’ordre totalitaire (et de ses admirateurs), contre l’anarchie démocratique, ne voulaient pas, ne veulent pas voir l’évidence : aucune économie ne peut durablement se développer sans s’appuyer sur l’émulation et la concurrence, c’est-à-dire sans le marché, qui lui-même n’est  pas durable sans la protection des droit individuels, mettant fin à l’arbitraire et permettant à chacun de faire valoir quelques droits fondamentaux, en particulier    la liberté de chercher, de créer, de penser, d’écrire, de parler, de décider et de posséder des biens en propre : le marché a donc besoin de la démocratie ; la démocratie a besoin du marché.

S’ils n’acceptent pas d’évoluer vers la démocratie, les régimes autoritaires ne peuvent que canaliser les passions de leurs peuples vers autre chose que la réussite individuelle, c’est-à-dire vers un ennemi, de l’intérieur ou de l’extérieur.  Autrement dit, un régime autoritaire ne pourra jamais s’appuyer durablement sur une économie florissante sans devenir une démocratie, comme le firent l’Espagne et le Chili, entre autres ; ou sans, à l’inverse, basculer dans une économie autoritaire, se préparant à la guerre.

C’est ce à quoi on assiste aujourd’hui en Russie : une société incapable de garantir un Etat de droit protecteur des libertés individuelles ne pouvait que devenir une tyrannie agressive. C’est ce à quoi on assistera bientôt en Chine et   en Iran, dont les régimes ne pourront survivre qu’en se durcissant de plus en plus, jusqu’à se lancer dans des conflits avec leurs voisins : il faut se préparer à ce que les régimes de ces deux pays déclenchent des guerres pour survivre.

D’autres pays pourraient un jour en faire autant : la Turquie contre la Syrie ; la Corée du Nord contre le Japon. Et quelques autres.

Ce n’est pas en apaisant ces régimes qu’on évitera ces guerres, c’est en aidant les peuples à se débarrasser de leurs tyrans.

La démocratie qui pourrait alors s’installer ne sera jamais parfaite. Au début elle sera même très imparfaite, au point de pouvoir retomber entre les griffes d’un nouveau tyran, comme on l’a vu avec la Russie, après l’échec de Eltsine. Cette démocratie aura en tout cas les mêmes mille défauts que les nôtres, des défauts perfectibles : des gouvernements fragiles et insensibles aux exigences du long terme ; des médias soucieux de l’audience jusqu’à donner le pire en spectacle ; des inégalités monstrueuses.

j@attali.com                                                                                              

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