Dr Ignace Foyet:« Faire des études sans objectif est dangereux »

Dr Ignace Foyet.

Le président fondateur de l’Institut universitaire et Stratégique  de l’Estuaire nous parle.

Nous sommes à la veille d’une rentrée académique. Vous parlez sans cesse du « Projet professionnel ».  De quoi s’agit-il concrètement ?

Le projet professionnel est un outil dont chaque étudiant devrait s’approprier. Ça ce ne sert à rien de faire des études sans répondre à la question de savoir pourquoi.  Les études coutent chères, des coups pénibles aux parents, aux étudiants. Si vous les faites sans répondre à la question du pourquoi, sans maitriser les débouchés, on peut vous comparer à un fou. Pourquoi ? C’est un peu comme si vous sortiez de chez vous pour aller au marché et pendant votre tournée au marché, vous ne vendez rien, vous n’achetez rien. Il n’y a qu’un fou pour poser ce genre d’actes. Le  projet professionnel est un outil qui vous permet de répondre le moment venu de répondre à la question, ‘’je vais faire telle chose avec mes études.’ Faire des études c’est bien. Faire des études sans projet, c’est naïf. C’est malheureux, c’est dangereux.

Est-il nécessaire aujourd’hui de réformer entièrement ou partiellement le système éducatif camerounais que l’on trouve trop axé à l’enseignement général ?

Bien sûr ! A tout moment on peut le remettre en cause. L’améliorer. Notre système éducatif doit s’adapter. De nos jours les nouveaux moyens de communication sont entrain de tout bouleverser. Tout est à terre. Hier il y avait une façon de faire, aujourd’hui tout cela a changé. Il faut nous arrimer à la novelle façon de faire. Il faut renouveler le système éducatif  du Cameroun. Concrètement il faut voir comment intégrer les nouveaux moyens de communication et former nos jeunes esprits à ces réalités de telle sorte que demain, ils se démarquent dans la sous-région et à travers le continent. Si un journaliste (comme vous d’Economie du Cameroun, vous travaillez comme vos aînés il y a 20 ans, vous allez vous rendre compte de ce qui va vous arriver. Heureusement que vous êtes à la page. Sourire). Lorsque je vais à Ndokoti et les rues de Douala et que je vois le nombre de jeunes sur les motos, je suis insatisfait car parmi eux il y en a qui ont un CEPE, un BEPC, un probatoire, un baccalauréat, une licence, BTS. Cela donne des larmes. Certains sont victimes de la mauvaise préparation.

L’enseignement général est pour la plupart l’outil de formation de ces jeunes que vous évoquez. Du coup l’on veut savoir. L’histoire, l’anthropologie, la sociologie, des sciences humaines sont-elles à bannir dans nos universités ?

Non ! Il faut mettre la main dessus et les orienter en fonction de l’évolution du monde moderne. Regardez ce que les nouveaux moyens de communication ont fait de votre métier, les journalistes. Du nôtre, nous enseignants. A l’heure actuelle, je peux avoir un enseignant basé à Moscou dispense des enseignants  ici, etc. et donc, à notre niveau nous parlons du projet professionnel qui prépare l’étudiant à affronter le monde en fonction de l’évolution de l’environnement. C’est donc un outil indispensable pour tout étudiant.

Dans ce cas quels sont les diplômes qui donnent droit d’accès à votre université ?

Tous les diplômes. Du CEPE au doctorat, nous accueillons tout  ce monde. Nous avons un des établissements de notre institution qui s’appelle CEPE (Club, Prépa Emploi). Il a pour but d’aider les apprenants à affronter le monde professionnel, quelque soient vos acquis précédents. Cela vous pousse à être plus économiquement rentables.

Vous êtes depuis 30 ans dans le domaine de la formation des jeunes, ce qui fait de vous l’un des pionniers, sinon le pionnier. Comment y êtes-vous arrivé dans ce domaine jadis regardé avec dédain…

J’ai terminé mes études à la Sorbonne à Paris, je suis revenu au pays. je voulais me trouver un emploi, ce n’était pas évident mon tuteur avait rencontré le feu délégué du gouvernement (Christian Tobie Kuoh). Il voulait recruter les jeunes, il m’avait donc recruté. Mais quand j’avais observé, je m’étais rendu compte qu’il n’avait pas de place pour moi. J’étais bardé de diplômes, et donc suffisamment outillé. J’ai donc pris la décision d’investir dans le domaine où j’étais le plus à l’aise à savoir l’ouverture d’un collège. J’avais de la matière grise. J’avais donc ouvert un collège. Je me suis rendu compte après que je n’avais pas suffisamment de moyens pour acquérir un terrain. Pendant ce temps j’étais toujours à la Communauté urbaine de Douala, j’avais appris qu’il y avait un collège secondaire moderne à Bali qui avait été fermé, parce que le propriétaire faisait de très mauvais résultats. Entretemps je me suis battu, je suis allé à Yaoundé. J’avais été nommé secrétaire général à la commune de Douala 1er avec feu Dooh Priso. Bali était un des quartiers de Douala 1er. Je suis donc allé voir ce collège. Par un coup de chance, le lendemain, j’ai rencontré le sous-préfet qui venait voir le maire, je luis avait demandé si on ne pouvait pas être candidat pour louer ce collège. Il me suggéra d’aller simplement voir la famille. Ce que je fis. Ils étaient à Penja. Leur accord fut immédiat. J’avais donc loué. Mais je ne savais pas à l’instant là ce que j’y allais faire. Mais derrière la tête, je savais que je pouvais transformer cela en un établissement scolaire. Effectivement j’y ai ouvert le collège. La concurrence était rude.  Et donc pour me démarquer, j’avais donc opté pour la santé. J’avais donc ouvert une section paramédicale. Des infirmiers apprenaient aux jeunes filles comment soigner. C’est dans ce processus que je me suis attiré des ennuis parce qu’il y avait de l’effectif pour un domaine délicat. Je payais bien. Des infirmiers sont venus nombreux former des apprenants. Des ennuis sont arrivés parce que n’étant pas du corps, j’étais devenu très célèbre dans la formation paramédicale. Certains dans leur corporation décidèrent de m’empêcher d’évoluer. Une correspondance est sortie du cabinet du ministre pour sceller. Quand j’eus vent de cela, je commençai à m’agiter. J’eus donc l’idée d’aller voir le Pr Godlieb  Monekosso. Il était à Buea. Je le connaissais parce que c’est lui qui a ouvert le CUSS. J’étais à Yaoundé à l’époque. J’ai étudié à l’université de Yaoundé 1 avant d’aller à la Sorbonne. Je suis donc allé le voir solliciter de l’aide car l’Ordre des médecins avait décidé de fermer mon école alors que j’avais des textes du chef de l’Etat qui veut qu’on fasse différents doctorats, ce que nous faisions en système LMD (licence, master, doctorat).  Il m’avait posé une condition, lui louer une salle au Sawa Novotel. Ce que je fis. Et lui, il invité le président de l’Ordre des médecins et ses membres. Il leur rappela qu’ils étaient tous ses produits, et leur dis que je voulais les aider. Il leur dit qu’il allait rencontrer le ministre de la Santé que ce refus n’était pas salvateur, et qu’il rencontrerait le ministre de l’Enseignement supérieur pour qu’il m’appuie dans le système LMD. C’est ainsi le déclic.

Actuellement votre groupe a donc grandi…

Ce n’est pas moi seulement. Toutes ces écoles qu’il y a dans notre pays, personne ne veut rater la formation des infirmiers car c’est le secteur qui paie le plus, qui paie le mieux. Tout part de moi. Je suis donc le père du paramédical. Il faut encore maximiser car, une ville comme Douala a besoin d’hôpitaux, de médecins. Le paramédical est une niche d’emploi. Le corona virus a besoin d’être combattu. Qui avons-nous sous la main ? Presque personne.

Vous par contre avez ouvert les bras à l’Inde. Pourquoi ?

C’est dans le cadre du Projet professionnel dont nous parlions au début. Ils sont plus avancés que nous et donc nous avons  besoin d’eux pour aider nos enfants à mieux s’insérer dans le monde professionnel. Les américains, les chinois, les russes envoient systématiquement leurs techniciens en Inde. Nous ne devons pas rester à la traine. Mon objectif est qu’’ils fassent la même chose ici que chez eux, qu’ils forment des jeunes camerounais comme les leurs.

Propos recueillis par Aloys ONANA  

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