Dave MANIMBEN : « Nous avons un projet de 12 milliards de FCFA »

Pour stopper des vertigineuses importations de poisson et autres produits halieutiques, l’entreprise MAVECAM est pleinement engagée dans une série d’investissements qui permettent déjà à cette entreprise de produire 9 tonnes de poisson par an. Et avant la fin de l’année en cours, des crevettes et du poulet seront également livrés sur le marché local et sous-régional.  

Qu’est-ce qui vous a orienté en production animale et végétale, vous qui n’êtes pas originaire d’une aire géographique  où ces pans économique ne sont pas monnaie courante ?

Durant mon cursus scolaire, j’ai pris la décision d’entrer dans l’agro-industrie en classe de première. J’ai tout de même constaté que c’est un segment vaste, et il fallait que je trouve un angle à partir duquel j’allais me démarquer dans cet univers agro industriel qui comporte des  pans comme la culture céréalière, des cultures vivrières, la production animale comme la production du poulet, les porcs, les bœufs. Ces secteurs pour la plupart sont déjà assez investis. Il fallait donc trouver quelque chose de particulier, capable de devenir une niche de croissance.  Au fil du temps, j’ai jugé que l’aquaculture pourrait être rentable, un eldorado pour nous. J’ai approfondi mes études. J’ai préféré commencer par la gestion. J’ai donc fait un Bachelor en économie et management à PK Fokam Cameroun. Après cela j’ai eu la chance d’être retenu pour continuer mes études en cycle ingénierie en production animale. C’est à cette occasion que je suis allé au Canada où j’ai passé trois années. Là-bas j’ai eu l’opportunité de suivre un cours en développement durable à la prestigieuse université de Harvard. Ce cours-là a bien défini les bases  de mes futurs investissements. Avec l’aide constante de mes parents, nous avons eu pendant longtemps à discuter sur comment nous investir.

Pourtant dans votre tête trottait bien l’idée de de vous investir dans l’indutrie du poulet…

Je ne vous cacherais pas qu’au départ, ce qui m’attirait le plus c’était le poulet. Mais de fil en aiguille j’ai compris que le poulet est déjà maitrisé. Pas sur le plan de la disponibilité mais sur le plan des connaissances et vous pouvez constater qu’il y a des gens qui n’ont aucune connaissance académique du poulet mais qui y vont avec autorité. C’est donc un pan économique assez vulgarisé. Or moi je souhaite avoir un impact dans la filière agro industrielle. Je ne voulais pas être quelqu’un qui vient juste produire de l’argent, mais avoir un impact et donc, tout me remmenait à la pisciculture. Avant de rentrer au Cameroun en août 2020, j’avais déjà mis mes parents au fait de ce projet, et ils ont bien voulu mettre à disposition des moyens pour débuter cette idée business. A distance, j’ai donné certaines instructions, ils ont mis en place une ferme pilote qui est déjà en place. Je suis revenu au Cameroun, nous avons poussé cette idée et peaufiner des stratégies pour la rentabiliser.  Je ne saurais dire qu’il s’agit d’un métier fait de tout repos. Non. Il  est certes rentable, mais il est nouveau et gourmand en énergie personnelle. Il y a des prévisions qui sont faites, mais qui ne sont pas toujours atteintes du fait de la non maitrise des technologies, de la non maitrise des espèces. Tout cela nous a permis de voir plus clair et de nous situer dans ce domaine-là.

Ingénieur, pourquoi n’avoir pas frappé à la porte de la fonction publique dans un pays où les jeunes pensent plus au ‘’matricule’’ ?

C’est quelque chose qui ne m’a jamais traversé l’esprit. Etant issu d’une famille d’entrepreneurs, j’avais le devoir moral de continuer dans l’entrepreneuriat. C’est l’éducation qui m’a été donnée par mes parents. Mais au-delà, c’est cette envie de mener ma propre barque, faire face à des adversités qui ne sont pas toujours contrôlées par d’autres personnes comme lorsque vous avez un matricule ; vous n’êtes pas maitre de votre destin. Vous subissez plus que vous n’engagez. Je ne suis pas de nature à suivre. Je suis quelqu’un qui aime être décisionnaire.

Le Cameroun dépense chaque année au moins 100 milliards de FCFA pour l’achat du poisson à l’extérieur. Et vous vous choisissez ce segment pour y injecter des fonds. Peut-on avoir une idée du coût de votre projet ? 

MAVECAM existe depuis 2013 et a eu l’opportunité récente à travers l’appel à manifestation d’intérêt qui a été lancé par le ministère des Pêches et des industries animales (Minepia). Il était question de présenter un projet qui devait aider la population camerounaise à limiter la consommation et l’importation des produits de l’extérieur, notamment les produits halieutiques. Nous avons décidé de nous lancer dans cela avec des prévisions très claires et un projet assez phasé. Il est pour nous question de commencer (cette année 2021 avant son terme) avec une production de 200 tonnes. C’est-à-dire les mois qui nous restent pour cette année, nous comptons mettre à la disposition du Cameroun en janvier 2021,  une capacité de 200 tonnes. Ça c’est pour le début. Maintenant, les années à venir, c’est-à-dire 2022, 2023, 2024 sur le moyen terme, nous allons avoir une production de 5000 tonnes de poisson.

Et termes financiers, quelle enveloppe pour tout cela ?

Pour la première phase qui a déjà été engagée sur des capitaux propres, nous avons injecté 200 millions. A terme, nous avons déjà planifié des investissements qui iront à hauteur de  22 millions de dollars en termes d’activités piscicoles, car bien que nous nous lançons dans l’activité piscicole, nous avons aussi le volet avicole, tout cela donc jumelé, nous avons un projet de 22 millions de dollars.

En FCFA cela tourne autour de…

12 milliards.

Un investissement global de 12 milliards ?

Oui, c’est bien cela.

Et donc vous aurez du poisson, du poulet, et des crevettes que vous allez produire…

Exactement.

Quelles sont les zones nationales où ce projet va s’implémenter et sur quels critères ces zones ont-elles été choisies ?

Au sujet du poisson, nous avons décidé d’investir sur la Dibamba (en Sanaga maritime). La proximité pour nos activités est prise en compte pour l’approvisionnement de tout ce qui concerne les aliments. La Dibamba est bien indiquée. Soulignons que c’est un fleuve qui a une période de crue plus longue que la période d’étiage, ce qui nous permet d’avoir une bonne profondeur de l’eau durant le cours de l’année, ce qui nous a permis d’identifier ce fleuve-là qui a en outre, une eau qui est assez saumâtre, c’est-à-dire qui jumelle l’eau de mer et l’eau douce. Le taux de salinité n’est pas élevé, mais il n’est pas non plus inexistant. C’est donc une eau assez propice pour élever les tilapias. Pour les crevettes, nous avons  choisi le Sud Cameroun, notamment Kribi, avec l’eau de mer. Nous avons pensé à une technique de déviation. On va faire des tunnels où l’eau de mer sera obtenue en circuit continu. L’eau va être recueillie, traitée avant de rejoindre la mer. Nous avons choisi Kribi pour le volet des crevettes du fait de son eau de mer. Au sujet des poulets, nous avons choisi la zone du Moungo à cause du climat. C’est un climat semblable à celui de l’Ouest Cameroun qui est bien indiqué pour l’élevage du poulet du fait de ses températures qui ne sont pas chaudes. Elles sont assez basses. N’ayant pas eu des opportunités à l’Ouest pour avoir un terrain assez grand afin d’implanter notre activité, nous avons opté pour le Moungo, qui a vraisemblablement le même type de climat. Nous serons notamment à Ebonè. Donc, récapitulatif, nous allons investir en Sanaga maritime, dans le Sud et le Littoral. C’est là les premiers sites qui accueilleront nos investissements.

Monsieur le directeur général, les allemands disent, ‘’seul on va vite, ensemble, on va plus loin.’’  Etes-vous seul ou accompagné dans ce projet ?

Nous avons des partenaires qui nous aident et qui nous accompagnent dans le processus. Non seulement le processus d’obtention de financement, mais aussi le processus de sélection des technologies qui seront mises en place dans nos différents projets. Nous avons des partenaires hollandais et des émirats arabes unis. Il est question que le partenaire émirati soit le partenaire financier et les partenaires néerlandais soient des partenaires techniques, qui vont nous apporter la technologie nécessaire pour mener à bien ce projet.

Produire du poisson/ des crevettes, du poulet revient à les nourrir. Quelles stratégies allez-vous déployer pour ce faire ?

Actuellement nous sommes entrain de prospecter en termes de contrats qui devront être noués avec des provenderies étrangères. Au Cameroun en terme de provenderies pour la nutrition des poissons, des crevettes et autres, il y en a pas encore une qui soit assez performante pour travailler. Mais, même dans les pays qui sont connus comme grands pays piscicoles, ces aliments sont importés. C’est le cas du Vietnam qui importe ces aliments du Pérou. Tout simplement parce que la matière utilisée est fabriquée au Pérou. Notre souhait en ce moment est de réduire le coût de production du poisson, pour permettre de réduire le coût de vente. L’aliment, nous allons l’importer pour un départ et avec les résultats que nous aurons, aller plus loin. Nous allons produire des alevins qui seront vendus aux producteurs locaux. Cela permettra que cette prévision de 5000 tonnes à 24 mille tonnes par an, nous résorbions ce déficit tant décrié et à travers ces alevins, permettre aux autres petits producteurs d’avoir la matière première disponible et donc, la résorption des importations de poisson du fait de la production locale.

Quid des emplois directs et indirects ?

Nous avons pour le moment tablé sur 361 emplois directs et 1000 emplois indirects sur tous les sites du projet.

L’Etat camerounais attend de nombreux investisseurs auxquels il promet des allègements et accompagnements divers. Qu’attendez-vous de lui concrètement ?

La technologie que nous allons mettre en place pour le bon fonctionnement de notre projet vient de l’extérieur. C’est-à-dire que le matériel, les équipements seront importés. Vous savez que les droits de douane au Cameroun sont assez élevés. A travers la loi de finance 2021, nous avons des matériaux qui sont déjà exonérés, mais nous souhaiterons vraiment que les pouvoirs publics se penchent sur notre cas et nous donner de façon transparente, les voies et moyens qui nous permettrons de limiter nos coûts d’installation, ce qui nous permettra aussi de limiter le cout d’achat et que les produits que nous allons mettre sur le marché soient disponibles.

Moins coûteux…

Effectivement.

Propos recueillis par Aloys ONANA

LE PROJET MAVECAM EN GRANDES LIGNES :

  • la production se fera en Sanaga maritime, au Wouri (notamment au port de Douala), Moungo et dans le département de l’Océan
  • l’on produira 3000 tonnes de tilapia
  • 2000 tonnes de clarias
  • ces productions accroîtront pour atteindre une capacité de 25 000 tonnes de poisson en 2030.
  • MAVECAM  a besoin du soutien de l’Etat comme promis par le MINEPIA, notamment la mise à disposition des terrains et plans d’eau, des exonérations fiscales et douanières pour les équipements et les intrants
  • Garanties souveraines de l’Etat attendues
  • Interdiction totale des importations de poissons produits localement
  • 2013, date de création de MAVECAM
  • La ferme aquacole de cette entreprise produit 9 tonnes de poisson par an, une phase test bien fonctionnelle qui nécessite 300 m3 d’eau par mois
  • Le capital de départ : 1 million de FCFA
  • Depuis 2020, ce capital est passé à 100 millions de FCFA
  • Pour dompter le marché du poisson dès janvier 2022, un total de 200 millions de fonds propres a été investi
  • MAVECAM va générer 361 emplois directs et 1000 emplois indirects.
  • La plupart des ingénieurs de cette entreprise sont issus des grandes écoles camerounaises
  • MAVECAM construira une provenderie

DG Dave MANIMBEN, en privé

  • MAVECAM renvoie au nom de ma mère, MANIMBEN Véronique, juste pour saluer le travail qu’elle a déjà eu à faire pour nous. Question de l’immortaliser
  • Mon père, c’est mon idole. C’est mon chemin, c’est lui que je suis partout, dans tout ce que je fais
  • Je suis né le 20 juin 1998. Je suis père d’une fille, j’ai deux sœurs, une grande et une petite.
  • Je suis assez commun comme garçon, le football me plaît, la lecture et les jeux vidéo. Un peu de conduite automobile, j’aime bien les Formule 1 et autres
  • J’affectionne manger du mbongo garni de porc (sourire) accompagné de plantain
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